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Pour celles et ceux qui s'inquiètent de la sortie du nucléaire

Publié le 28 septembre 2021
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Le débat sur la sortie du nucléaire déchaîne toutes les passions en ce moment. Il semble donc utile de rétablir certains faits et d’expliquer le projet de transition énergétique des écologistes pour une Belgique 100 % verte et renouvelable à l’horizon 2050.

EN 10 QUESTIONS-RÉPONSES

  1. QUEL EST LE DÉBAT ?
  2. OUI, MAIS DE QUOI PARLE-T-ON ALORS ?
  3. OUI, MAIS ÇA VA FAIRE EXPLOSER NOS ÉMISSIONS DE CO2 ?
  4. OUI, MAIS L’UN N’EXCLUT PAS L’AUTRE ?
  5. OUI, MAIS NOUS ALLONS DÉPENDRE DES IMPORTATIONS DE L’ÉTRANGER ?
  6. OUI, MAIS ÇA VA FAIRE EXPLOSER NOTRE FACTURE D’ÉLECTRICITÉ ?
  7. OUI, MAIS LES COÛTS DU GAZ EXPLOSENT AU NIVEAU EUROPÉEN ?
  8. OUI, MAIS AVEC L’ÉLECTRIFICATION DU PARC AUTOMOBILE, ON AURA BESOIN DU NUCLÉAIRE ?
  9. OUI, MAIS ÇA VA ÊTRE UN BAIN DE SANG SOCIAL À TIHANGE ET DOEL ?
  10. OUI, MAIS ÇA VA VRAIMENT MARCHER ?

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1. QUEL EST LE DÉBAT ?

On assiste aujourd’hui à de vifs débats “Pour ou contre le nucléaire ?”… alors qu’en réalité, au moins 5 des 7 réacteurs nucléaires fermeront de toute façon d’ici 2025… car ils sont tout simplement arrivés en fin de vie après 40 ans de service. Tous les partis politiques francophones (oui, y compris le MR de Charles Michel) ont confirmé la sortie complète du nucléaire d’ici 2025, lorsqu’ils étaient au pouvoir (même dans leur période durant 17 ans sans les écolos), et de nouveau dans l’actuel accord de gouvernement. Relisez par exemple ce que disait Marie-Christine Marghem il y a 2 ans quand elle était Ministre de l’énergie :

“Le temps passe, et les centrales actuelles ne sont pas éternelles. Remettre le débat de la prolongation du nucléaire sur la table, c’est aussi ouvrir celui de la construction d’une nouvelle centrale nucléaire dans ce pays. Et les expériences en Finlande ou en France montrent que les coûts de ces nouvelles centrales nucléaires sont bien plus élevés encore que ceux des centrales au gaz.” Source

Même l’exploitant, Engie Electrabel, a complètement tourné la page du nucléaire, se prépare à démanteler les réacteurs, et veut aujourd’hui investir dans la transition et le renouvelable. Personne de sérieux en Belgique ne propose de construire de nouvelles centrales nucléaires en Belgique.

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2. OUI, MAIS DE QUOI PARLE-T-ON ALORS ?

La seule question encore théoriquement entre-ouverte, c’est la prolongation (sur 10 à 20 ans) des 2 réacteurs les moins vieux (ayant 40 ans en 2025), Tihange 3 et Doel 4, s’il apparaît en novembre 2021 que les alternatives ne sont pas suffisantes pour les remplacer. Ces 2 réacteurs représentent, selon Elia (qui prévoit des indisponibilités), une puissance de seulement 1 GW. C’est-à-dire 2 à 4 % de la consommation d’énergie finale en Belgique (15 TWh sur 462 Twh) à court terme. Bref, le moins qu’on puisse dire, c’est que ce n’est clairement pas la baguette magique qu’on voudrait nous faire croire pour solutionner la crise climatique (car encore faut-il décarboner les 96 à 98 % restants de l’industrie pétro-chimique, de l’agriculture et l’élevage intensif, du transport, du bâti…).

Et dans tous les scénarios, que l’on prolonge ou non ces 2 réacteurs, le retard accumulé au cours de ces 20 dernières années dans le développement du renouvelable est tel qu’il faudra d’office de nouvelles centrales au gaz pour garantir notre sécurité d’approvisionnement dans les prochaines années.

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3. OUI, MAIS ÇA VA FAIRE EXPLOSER NOS ÉMISSIONS DE CO2 ?

La lutte contre les dérèglements climatiques est dans l’ADN politique des écologistes. Dans tous les accords de gouvernement, nous avons inscrit l’objectif de la neutralité carbone d’ici 2050. Les plans climatiques de la Belgique prennent déjà en compte depuis 20 ans la sortie du nucléaire en 2025.

Nous avons donc décidé de limiter les centrales au gaz au strict minimum nécessaire en 2025 (notamment en augmentant la part des batteries, du stockage, de la gestion de la demande), c’est-à-dire 2 à 3 centrales TGV (au total 2,3 GW) de dernière génération, plutôt que 9 comme prévu dans le dernier programme du MR, à la page 112 :

On limite donc la casse…

C’est vrai que ces 2 à 3 centrales TGV émettront des gaz à effets de serre, mais ces émissions sont compensées car comptabilisées dans une enveloppe commune fermée au niveau européen (le système ETS). Leur impact climatique au niveau européen sera donc limité puisque les centrales les plus modernes en Belgique vont chasser du marché commun les plus vieilles centrales au charbon (moins rentables car plus polluantes) ailleurs en Europe.

Enfin, la ministre Tinne Van der Straeten a exigé des futures centrales TGV un plan de décarbonation en 2027. Comment ? En les faisant tourner à l’hydrogène vert (à Manage, par exemple, d’ici 2035), au biométhane, voire encore avec un système de pyrolyse (chez Luminus, à Seraing).

Venons-en aux chiffres d’émissions de CO2. Engie Electrabel, l’exploitant des centrales de Doel et Tihange, a commandé l’année passée une étude du centre inter-universitaire EnergyVille pour calculer les émissions de CO2 dans les différents scénarios de prolongation ou non du nucléaire. Que ressort-il ?

  • Dans le cas où l’on prolonge 2 réacteurs nucléaires durant 10 ans, les émissions de CO2 dans le secteur de l’énergie baissent de 3,2 millions de tonnes en 2030 en Belgique.
  • Dans le cas où l’on ferme tous les réacteurs nucléaires (sans prolongation) mais qu’on investit massivement dans le renouvelable (66 %, soit 48,7 TWh de la production totale d’électricité en Belgique), soit notre plan, les émissions de CO2 dans le secteur de l’énergie baissent de, non pas 3,2, mais 6,3 millions de tonnes en 2030.

Vous lisez bien : même dans un scénario de sortie totale du nucléaire, nos émissions peuvent baisser plus d’ici 2030 que dans un scénario de prolongation de deux réacteurs ! C’est l’étude commandée par Engie Electrabel qui le dit noir sur blanc. Résultat des courses : si l’on est vraiment sérieux à propos de la lutte contre les dérèglements climatiques, l’on a tout intérêt à sortir du nucléaire et à investir massivement dans le renouvelable.

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4. OUI, MAIS L’UN N’EXCLUT PAS L’AUTRE ?

Contrairement aux réacteurs nucléaires, les centrales TGV sont modulables et flexibles. En d’autres termes, vous pouvez faire on/off avec la turbine au gaz pour donner la priorité maximale à l’éolien et au photovoltaïque quand il y a du vent et du soleil. Voilà pourquoi on parle du rôle “tampon” du gaz dans la transition : quand les énergies renouvelables sont abondantes, on met le gaz à l’arrêt. Là où, comme l’actualité récente le montre, ce sont plutôt les éoliennes offshore qu’on met à l’arrêt pour laisser tourner le nucléaire : le monde à l’envers, et ce que nous voulons éviter.

Il n’est donc pas étonnant que les études chiffrées montrent que la prolongation de 2 réacteurs nucléaires au-delà de 2025 freinerait les investissements dans le renouvelable en Belgique. C’est le gros désavantage de la prolongation du nucléaire. Le Bureau du Plan a estimé les pertes du secteur éolien et photo-voltaïque à 100 millions € en cas de prolongation. Nous ne voulons plus freiner l’essor du renouvelable dans notre pays. Car l’énergie la plus verte, la plus abondante et la moins chère (outre celle qu’on ne consomme pas), c’est le soleil et le vent. À titre de comparaison, alors que l’éolien terrestre coûte 50 €/MWh, le nucléaire EPR vaut aujourd’hui 120 €/MWh. Il n’y a plus photo.

L’objectif qui mobilise toutes nos forces est donc de construire une Belgique 100 % renouvelable et 0 carbone d’ici 2050. Comme l’estime l’ex-directeur général Climat de la Commission européenne, Jos Delbeke, sur un plateau de la VRT :

“La politique énergétique de notre pays n’a jamais été aussi cohérente qu’aujourd’hui, nous devons accélérer la transition énergétique”.

Alors, oui, nous devons accélérer considérablement le tournant énergétique, opérer un energy switch, pour remplacer le nucléaire et le gaz par du renouvelable 100 % vert et abordable.

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5. OUI, MAIS NOUS ALLONS DÉPENDRE DES IMPORTATIONS DE L’ÉTRANGER ?

Non, la prolongation de 2 réacteurs n’aura quasi pas d’impact sur les importations d’électricité. De nouveau, selon EnergyVille :

  • avec deux réacteurs, on importerait toujours 7 à 9 % d’électricité ;
  • sans nucléaire, 10 %.

De manière assez ironique, la plus grande dépendance à l’étranger que nous ayons connue en Belgique a eu lieu en 2018 à cause des réacteurs nucléaires si fréquemment et brusquement indisponibles… En 2018, nous avons dû importer de l’étranger jusqu’à 33 % (en septembre) de notre électricité ! Investir dans les alternatives énergétiques en Belgique, c’est donc justement investir dans notre sécurité d’approvisionnement.

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6. OUI, MAIS ÇA VA FAIRE EXPLOSER NOTRE FACTURE D’ÉLECTRICITÉ ?

C’est vrai que rien n’est gratuit. D’une part, oui, les centrales au gaz vont coûter environ 250 millions d’euros à l’État belge par an, car nous devrons payer les exploitants privés pour (justement) les construire … mais les utiliser le moins possible (si elles pouvaient tourner à plein régime, elles n’auraient pas besoin de l’aide publique). Car comme on investit dans les routes ou dans les égouts, l’État investit dans notre sécurité d’approvisionnement énergétique. Ce mécanisme s’apparente à une police d’assurance au moindre coût contre un black-out.

Mais c’est un engagement ferme du gouvernement actuel : les familles ne verront rien comme différence dans leur facture d’électricité. Ce coût-là ne sera donc pas répercuté sur la facture d’électricité, mais compensé dans le budget du gouvernement fédéral (ce qui est plus juste pour les familles moins favorisées). Tous les 6 mois, le gouvernement contrôlera les coûts de l’électricité.

D’autre part, il est faux de faire croire que la prolongation de 2 réacteurs serait, quant à elle, complètement gratuite et tomberait du ciel “parce que les réacteurs sont déjà là”. Non, la mise aux normes des 2 réacteurs de Tihange 3 et Doel 4 (construits fin des années 60) coûterait (au minimum) 1,2 milliards € (en France, la Cour des Comptes indique que cette mise aux normes post-Fukushima s’élève à 1,7 milliards € par réacteur) à l’opérateur nucléaire, ce qui se répercuterait sur la facture des consommateurs. Engie Electrabel exigerait aussi un prix garanti de l’électricité produite, de nouveau aux dépens des consommateurs. Sans compter le coût astronomique de 40 milliards € (à long terme) pour le démantèlement des centrales nucléaires et la gestion des déchets radioactifs sur plus de 300.000 ans… Sans oublier enfin que, même dans un scénario de prolongation de 2 réacteurs, des capacités additionnelles au gaz resteraient nécessaires…

Bref, au final, le coût de la prolongation pourrait s’avérer (beaucoup) plus élevé que la sortie !

Comme écologistes, la question de savoir “où investir le milliard” ne fait pas l’ombre d’un doute : non pas dans une infrastructure du passé, mais au service des énergies du futur – tout en protégeant les consommateurs et les entreprises contre des surcoûts.

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7. OUI, MAIS LES COÛTS DU GAZ EXPLOSENT AU NIVEAU EUROPÉEN ?

Effectivement, partout dans le monde et en Europe, que ce soit en France, en Pologne ou en Italie, en 2021-2022, les prix de l’électricité et du gaz augmentent avec la relance de l’économie mondiale (puisque la demande augmente, particulièrement en Asie, alors que l’offre reste stable). Mais attention : ça n’a rien à voir avec la sortie du nucléaire en Belgique. Au contraire, le bon fonctionnement actuel de ces centrales n’intervient pas dans la fixation du prix européen et belge ; c’est bien le gaz.

D’abord, les 7 réacteurs tournent actuellement. Ensuite, de toute façon, les 2 réacteurs de Tihange 3 et Doel 4 ne représentent que 0,2 % du marché de l’électricité au niveau européen. Ce ne sont donc pas ces deux vieux réacteurs prolongés qui vont représenter un rempart à la montée des coûts totaux dans les prochaines années.

Que du contraire, les seules sources d’énergie dont le prix ne cesse de chuter ces dernières années, c’est le vent et le soleil ! D’ailleurs, l’énergie renouvelable, à l’échelle mondiale, est devenue 3x plus importante que le nucléaire. Plus la part du renouvelable augmentera dans notre mix énergétique, et mieux nous serons protégés en Belgique contre la hausse des prix du gaz et de l’uranium.

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8. OUI, MAIS AVEC L’ÉLECTRIFICATION DU PARC AUTOMOBILE, ON AURA BESOIN DU NUCLÉAIRE ?

Dans tous les scénarios d’avenir, le gestionnaire de réseau, Elia, calcule que le parc de production belge sera capable de produire la quantité d’énergie supplémentaire consommée par les véhicules électriques (ou encore les pompes à chaleur) sans nucléaire.

Cela fait partie des facteurs externes déjà anticipés pour après 2025. Par ailleurs, la transition du thermique à l’électrique ne se fera pas du jour au lendemain. Le but n’est pas non plus de remplacer chaque voiture thermique par une électrique. Elia prévoit 1,5 million de véhicules électriques d’ici 2030 (contre 6 millions de véhicules thermiques aujourd’hui).

En fait, l’enjeu n’est pas tant dans la capacité additionnelle, mais plutôt dans la puissance de pointe nécessaire si tout le monde fait recharger au même moment. Et c’est là que l’électrification du parc automobile représente justement une opportunité pour la transition énergétique ! En effet, la recharge des voitures électriques devrait pouvoir s’adapter en fonction de la consommation du réseau, des heures pleines/creuses et surtout des conditions météo favorables à la production renouvelable. À titre d’exemple, si je rentre chez moi à 18h et que je sais que je ne reprendrai pas mon véhicule avant 7h le lendemain, pourquoi la charger quand j’arrive chez moi, à l’heure du pic de consommation (télévision, taques électriques, lampes, chauffage…) ? Je pourrais la brancher et programmer la recharge entre 2 et 5 h du matin (“smart charging”, recharge intelligente). Autrement dit, les voitures électriques vont ajouter de la flexibilité sur le réseau électrique, ce qui est positif pour le renouvelable.

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9. OUI, MAIS ÇA VA ÊTRE UN BAIN DE SANG SOCIAL À TIHANGE ET DOEL ?

D’abord, l’accord de stabilité de 1962 interdit tout licenciement massif à Tihange et Doel. Ensuite, Engie Electrabel estime qu’ils auront besoin de 1200 à 1400 employés pour travailler au démantèlement des 2 centrales nucléaires, ce qui prendra au moins 20 ans. Plutôt qu’un fardeau, le démantèlement (immédiat, et donc non-différé dans le temps) représente une opportunité de créer un centre d’expertise en Belgique à exporter à l’étranger (des dizaines de vieux réacteurs nucléaires vont devoir être démantelés dans les années à venir en Europe). Il faudra aussi des centaines d’emplois pour gérer les déchets radioactifs.

La construction d’une nouvelle centrale au gaz de dernière génération requerra 1.900 emplois directs et indirects, selon le Bureau du Plan (et il en faudra 2 à 3). Enfin, le renouvelable représente jusqu’à 6 fois plus d’emplois que le nucléaire.

Selon le Bureau du Plan, alors que le nucléaire nécessite 0,14 emplois pour produire un GWh d’électricité, l’éolien en requiert 0,17 et le photovoltaïque 0,87 par GWh produit.

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10. OUI, MAIS ÇA VA VRAIMENT MARCHER ?

Tous les rapports du Bureau du Plan, d’Elia (le gestionnaire de réseau) et d’EnergyVille (le plus grand centre de recherche inter-universitaire sur l’énergie en Belgique) démontrent par A + B que la sortie du nucléaire est possible, sans impact majeur sur la facture ou le climat. Comme le disait le CEO d’Elia, Chris Peeters, au quotidien De Tijd, “non, la lumière ne va pas s’éteindre en 2025”. En Allemagne, la 1ère puissance économique européenne, on parle de “Energiewende” (littéralement, le “tournant énergétique”) pour décrire la transition du nucléaire et des énergies fossiles vers un approvisionnement énergétique à faible émission de carbone, respectueux de l’environnement, fiable et abordable. Le processus est en cours depuis plus de 10 ans. Et aujourd’hui, plus aucun parti démocratique ne remet en cause la sortie du nucléaire.

Habitant et vivant à côté de Tihange, je comprends 100 fois les craintes que suscitent une telle révolution industrielle. Mais nous avons déjà perdu trop de temps en Belgique dans d’inutiles tergiversations (politiciennes) autour de la prolongation d’un réacteur nucléaire (qui a déjà plus de 40 ans et devra de toute façon fermer d’ici 10 à 20 ans…). Les investisseurs sont prêts ! Or, comme disait Sénèque :

“Il n’est pas de vent favorable pour qui ne connaît pas son port”. 

Le pragmatisme a changé de camp. Revenir encore une fois sur le calendrier ne ferait que créer plus d’incertitudes et ferait effet bouchon sur le développement du renouvelable. Alors, plus vite nous pourrons confirmer le cadre légal à long terme, plus vite nous pourrons opérer le tournant vers 100 % d’énergie verte et abordable pour notre pays.

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