Chaleur extrême : après un été record, Ecolo propose un Plan Fraîcheur économique pour Bruxelles
Le député Matteo Segers (Ecolo) dépose une proposition visant à doter la Région bruxelloise d’un Plan Fraîcheur économique et à organiser une coordination régionale des fortes chaleurs
Les épisodes de chaleur extrême sont désormais une réalité. À Bruxelles, ils pèsent sur la santé des travailleurs, la fréquentation des commerces, la productivité des entreprises, le fonctionnement des infrastructures et l’attractivité de la Région.
Pourtant, peu de politiques économiques abordent aujourd’hui cette réalité de manière spécifique.
C’est pour combler ce vide que le groupe ECOLO dépose cet été une proposition visant à construire un Plan Fraîcheur économique régional, destiné à renforcer la capacité de Bruxelles à maintenir son activité économique, ses services essentiels et son attractivité face à l’intensification des vagues de chaleur.
Car cette année n’aura pas connu une canicule. Elle en aura connu au moins trois, de la mi-juin à la mi-août, entrecoupées d’un mois de juillet en sécheresse. Le bilan humain est déjà lourd : selon Sciensano, la seule vague de juin a causé près de 2 000 décès supplémentaires en Belgique, dont 188 à Bruxelles, la plus forte surmortalité enregistrée dans le pays depuis le début des relevés, en 2000.
Ce n’était pas un scénario projeté à 2050. C’était cet été, à Bruxelles et en Belgique.
À Bruxelles, la température moyenne augmente de 0,38 °C par décennie depuis 1981, d’après l’Institut royal météorologique. Et le Centre fédéral d’analyse des risques liés au changement climatique (CERAC) estime qu’un réchauffement de 2 °C, qui pourrait être atteint dès 2030, entraînerait notamment plus de mille décès liés à la chaleur chaque année dans le pays. Ce coût humain considérable s’accompagnerait aussi de conséquences économiques croissantes : des chantiers à l’arrêt, des terrasses désertées, des trains supprimés ou ralentis. Dans la construction, la chaleur a rendu certains chantiers impraticables, béton qui se fissure ou asphalte impossible à poser. À Anderlecht, un rail de tram s’est soulevé sous l’effet de la chaleur endommageant véhicule et alentours urbains. La sécheresse de juillet, elle, a compliqué le transport fluvial et le refroidissement de certaines installations industrielles. Que dire également des difficultés rencontrées par des milliers travailleurs et travailleuses dont les conditions sont plus difficiles par forte chaleur et qui entraînent des écoles en tension, des milieux d’accueils fermés, des services et soins reportés.
La facture est bien réelle. L’assureur Allianz Trade chiffre à près d’un demi-milliard d’euros la perte subie par l’économie belge en trois jours de canicule, pour l’essentiel en productivité. Et le phénomène déborde largement les secteurs habituellement exposés. “Cet été, nous n’avons pas eu une canicule, nous en avons déjà eu 3. Juin, juillet, août. La chaleur n’est plus l’exception, c’est devenu le climat avec lequel nos entreprises doivent composer. Et ça coûte cher. Aux commerçants, au bâtiment, à la logistique, à tous ceux qui travaillent dehors. Une ville qui ne peut plus fonctionner en pleine chaleur perd en activité et en attractivité. Comme des villes plus au sud, c’est cela aussi la robustesse : faire en sorte que la ville et son économie continuent à fonctionner malgré les chocs, plutôt que d’attendre la prochaine crise pour en payer le prix”, explique Matteo Segers.
La gestion des effets de la crise climatique ne relève pas des seuls ministres du climat. Tous les ministres sont concernés, comme tous les secteurs, et l’économie n’y échappe pas.
Plusieurs métropoles ont déjà pris les devants. Athènes a nommé la première « Chief Heat Officer » d’Europe, suivie par Miami et Los Angeles. En 2022, ONU-Habitat a même institué un poste de coordinateur mondial de la chaleur, le « Global Chief Heat Officer », pour diffuser ces pratiques à l’échelle internationale. “Il est indéniable que Bruxelles doit aussi se doter d’une coordination de la chaleur et insuffler de la fraîcheur au monde économique. Autrement on finira par traiter chaque canicule comme une surprise et on finira par gérer l’économie bruxelloise avec du ruban adhésif et des solutions de fortune.” poursuit Matteo Segers.
Le texte invite le Gouvernement bruxellois à s’inspirer des expériences internationales pour étudier une gouvernance similaire à l’échelle régionale.
Concrètement, le texte demande également :
-
un diagnostic économique complet du coût des fortes chaleurs pour la Région, y compris le coût de l’inaction ;
-
un accompagnement prioritaire des secteurs les plus exposés, en particulier la construction, la logistique, les services aux personnes, l’HoReCa et les commerces de proximité ;
-
le soutien au redéploiement de la végétalisation, de l’ombrage et des points d’eau dans les zones d’activité économique ;
-
l’intensification du développement d’une filière bruxelloise de l’adaptation climatique.
Le Gouvernement est invité à remettre au Parlement, dans un délai de douze mois, un rapport sur l’état d’avancement de ces mesures.
Découvrez le Plan fraîcheur Bruxelles