Actualités

Opinion

Quelles leçons tirer de la crise de Covid-19 pour mieux administrer les maisons de repos ?

3 juin 2020
Quelles leçons tirer de la crise de Covid-19 pour mieux administrer les maisons de repos ?

Carte blanche. Construisons un modèle public, qualitatif et inclusif, centré sur le bien-être des personnes.

La loi organique du 8 juillet 1976 des centres publics d’action sociale énonce que : « Toute personne a droit à l’aide sociale. Celle-ci a pour but de permettre à chacun de mener une vie conforme à la dignité humaine »

Mandataires CPAS Ecolo-Groen dans les communes bruxelloises, nous avons une responsabilité politique dans la gestion de maisons de repos publiques. Nous sommes bouleversé·e·s par les décès liés à la pandémie du coronavirus tout comme par le nombre de membres du personnel infectés. Nous comprenons l’immense chagrin des familles que nous partageons. Nous soulignons le dévouement des équipes qui font le maximum pour prendre soin des personnes résidant dans ces institutions publiques.

Nous voulons partager nos réflexions et sensibiliser sur la nécessité d’une administration durable des maisons de repos (MR) et des maisons de repos et de soins (MRS) des CPAS, pour permettre à chacun·e de vivre dans la dignité humaine jusqu’au dernier souffle. Selon différentes études, en Wallonie et à Bruxelles, d’ici 2060, une personne sur quatre devrait être âgée de 65 ans ou plus et près d’une sur dix de 80 ans ou plus. Au-delà de cette crise de Covid-19, l’urgence de revoir le système est également ancrée dans les réalités socio-démographiques.

La majorité d’entre nous aspire à vieillir à la maison et n’anticipe pas une situation de dépendance et/ou un handicap qui ne le permettra plus. Les évolutions sociologiques montrent en effet une tendance de plus en plus marquée de s’occuper au maximum des personnes âgées à domicile, via des soins de jour et un aidant proche qui accepte de s’occuper au quotidien de la personne. Pourtant, cela n’est pas nécessairement l’idéal. Beaucoup de personnes âgées souffrent principalement de la solitude et de l’isolement. En Région bruxelloise, il existe, pour le secteur public, 51 MR et MRS publiques. Derrière ces chiffres se trouvent plusieurs milliers d’emplois et plus de 5000 résident·e·s qui y vivent. Leur autonomie n’est plus totale et la décision a été prise, individuellement ou en famille, avec le médecin traitant ou un assistant social, de vivre dans une institution.

Diversité des modèles de gestion, des emplois et des résidents

Des réalités très différentes coexistent derrière le mot « maison de repos ». Le secteur privé a clairement flairé, il y a plusieurs années, le potentiel économique du vieillissement de la population. Loyers élevés, suppléments hors de prix, personnel poussé à travailler à des cadences toujours plus importantes, la « silver economy » enregistre des « performances spectaculaires, avec des gains supérieurs à 40% durant les 12 derniers mois 1» rapportait l’Echo en 2019. Rien de comparable donc avec les MR et MRS publiques, où l’accessibilité à tou·te·s est fondamentale. Ce pourquoi des personnes ayant séjourné dans des structures privées font appel au public quand le niveau de dépendance demande une prise en charge médicale spécialisée offerte principalement dans les structures publiques.

Le secteur public bruxellois souffre néanmoins d’un manque de moyens lié au sous-financement de la Région, mais aussi au désinvestissement massif du gouvernement fédéral dans le secteur de la santé, qui précipite l’entrée en MR-MRS de certaines personnes. Dans les faits, les MR et MRS publiques sont (presque) toutes déficitaires et fonctionnent grâce aux communes qui décident d’y injecter des budgets supplémentaires pour augmenter la qualité de vie des résidents et le bien-être du personnel. Les MR et MRS sont un employeur important dans chaque commune. Le staff d’une MR publique est constitué d’une petite équipe de cadres qui doit répondre à des besoins très larges. De plus, au-delà du personnel de soin, les maisons de repos emploient une diversité de métiers fondamentaux au quotidien : personnel de cuisine, de nettoyage, de lingerie, personnel technico-administratif, etc. Les conditions de travail font l’objet de beaucoup d’attention et peuvent encore être améliorées ; nous en sommes tou·te·s conscient·e·s et nous y travaillons.

À ce tableau déjà très diversifié et malheureusement méconnu, il faut ajouter la diversité des résident·e·s. Leur santé mentale peut être fragilisée, de l’épisode dépressif à la sénilité et aux maladies du type de l’Alzheimer. Un tiers des résident·e·s sont issus des CPAS et ont connu une situation de pauvreté. À cette dépendance matérielle s’ajoute la dépendance physique et la frustration que cela engendre. Dans les MRS, les résident·e·s souffrent tou·te·s de plusieurs pathologies et/ou handicaps. Enfin l’isolement de la famille et du voisinage reste difficile à vivre, même si nos institutions publiques permettent de continuer à vivre dans sa commune et de retrouver des anciens voisins. Le fait même d’avoir gardé de relativement petites structures est en effet souhaitable pour faire autant que possible barrière à des épidémies, comme le démontre tristement la situation actuelle.

Pour une transformation radicale

Notre projet écologiste, c’est que la place donnée aux personnes âgées dans nos sociétés soit reconsidérée pour garder une continuité de parcours de vie. Le lien entre le niveau d’instruction scolaire et la prise en charge de sa propre santé est établi. Dans un écosystème, il n’est pas possible de penser à un élément sans les liens avec les autres. Ainsi, il n’est pas possible d’isoler la question du vieillissement de celles de l’éducation ou de la pauvreté, notamment. De la même manière, la solidarité intergénérationnelle restera fondamentale. Il sera aussi nécessaire de mieux coordonner la politique de santé aux différents niveaux de compétences dans un pacte social, à revoir de manière aussi approfondie que ce qui a eu lieu après la deuxième guerre pour créer la sécurité sociale.

La décision fédérale de régionaliser le financement, passant progressivement de l’INAMI à Iriscare pourrait ainsi être une opportunité pour mieux redistribuer les moyens disponibles : plus de 250 millions d’euros sur base annuelle. La question de la régulation du secteur doit être posée dans l’équilibre à refonder entre secteur public, secteur associatif et secteur privé. Les normes d’encadrement infirmier et non-soignant pourraient être repensées pour s’assurer d’une attention aux relations humaines et d’un respect maximal de l’autonomie et des désirs des personnes. Il serait aussi possible de créer plus de synergies avec les organismes régionaux et communaux pour mieux intégrer ces institutions dans leurs quartiers et y amener plus d’animations culturelles et sociales.

Au niveau des structures communales, nous voulons remettre au centre des préoccupations les personnes et leur bien-être pour garantir un vieillissement de chacun·e dans les meilleures conditions. Pour ceux et celles qui auront recours à un moment donné aux MR et MRS, tou·te·s y seront les bienvenu·e·s, puisque ces structures sont appelées à être inclusives, publiques, attentives aux innovations sociales.

Un centre d’expertise régional et une étude prospective participative

Pour résoudre ces défis, nous pensons qu’IrisCare devrait être doté d’une mission supplémentaire de coordination des entités locales, via un centre d’expertise multidisciplinaire qui apporterait des services mutualisés :

      – une équipe médicale gériatrique multidisciplinaire pour appuyer les équipes locales, superviser les médecins-coordinatrices/coordinateurs et s’assurer d’une formation à la pointe qui valorise chacun des  métiers soignants dans les MR et MRS ;

       – une centrale d’achats pour éviter que chaque MR/MRS fasse des marchés publics pour les mêmes articles et pour assurer à la fois un approvisionnement suffisant et de qualité au meilleur prix ;

       – les équipes mobiles pour soutenir les démarches locales dans l’esprit de ce qui a été mis en place par le Ministre Alain Maron durant la crise ;

       – Une impulsion forte pour développer rapidement des habitats groupés pour personnes âgées ou mixtes.

Enfin, dans le but de refonder à moyen terme le système, une étude prospective devrait être initiée en s’appuyant sur les leçons de celle qui a eu lieu en Wallonie. En tant que mandataires Ecolo-Groen, nous souhaitons qu’une telle étude soit menée à Bruxelles avec un maximum de participation tant des résident·e·s, des familles et proches que des futurs publics et bien entendu, des professionnel·le·s et fédérations de ce secteur, tout en veillant à un bon encadrement par des équipes de recherche universitaires. En effet, nous pensons qu’un fondement démocratique est nécessaire pour se pencher sur cette question existentielle à laquelle nous serons toutes et tous confrontés : celle de notre propre vieillissement. Cette étude aurait l’objectif de définir les conditions dans lesquelles la majorité d’entre nous pourra trouver des services successifs dans l’accompagnement de son vieillissement de manière digne et continue.

Le confinement nous donne l’expérience individuelle et collective de ce que peut représenter la fin de vie d’une personne dépendante des autres et le stress qui est lié à cette période où les contacts humains sont raréfiés et la nature, si importante pour se ressourcer, éloignée. Puissions-nous nous en souvenir pour construire un projet public, qualitatif, inclusif pour le futur des personnes âgées que nous serons toutes et tous un jour.

Signataires :

Mandataires CPAS Ecolo-Groen (des conseillers, conseillères CPAS de l’ensemble de la région, et le président du CPAS de Forest)

Commune NOM Prénom
Anderlecht PANIS Pascale
ISHEMA Richard
Berchem-Sainte-Agathe WALRAVENS Julie
Bruxelles (Ville de) JOLIBOIS Jérôme
HOORNAERT Chantal
LOUYEST Geneviève
Etterbeek DENUIT François
PIERROUX Christophe
REYNAERT Robby
Evere EL GHORFI Sarah
Forest RAKOVSKY Anne
LONFILS Nicolas (Président)
AGBABA Deniz
BOUAID Samira
Ganshoren FICHER Ivan
Ixelles TIHON François
FRENAY Marie
RODRIGUEZ Ana
HERSCOVICI Anne
ROUCOURT Geoffrey
Jette GROMMERSCH Laurence
DEMEY Daan
Molenbeek-Saint-Jean RABATTI Anne
Saint-Gilles GAILLY Véronique
D’HOLLANDER Stijn
Saint-Josse-Ten-Noode COENEN Marie-Thérèse
LEFEVRE Jacques
CORVISIER Marie-Christine
Schaerbeek OUCHEN Yousra
VAN HERZEELE Jasper
Uccle CHARLIER Béatrice
DE BROUWER Florine
Watermael-Boitsfort LEJEUNE Charles
LALOUX Claire
Woluwé-Saint-Lambert DOORNAERT Thierry
DOMINICY François
Woluwé-Saint-Pierre RENSON Claire
LOUGARRE Marion

 

Ecrit par :