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Violences envers les femmes : la peur doit changer de camp

22 novembre 2019
Violences envers les femmes : la peur doit changer de camp

96 féminicides en deux ans en Belgique. Soit 96 meurtres de femmes parce qu’elles sont des femmes. Depuis janvier 2019, déjà 21 femmes décédées sous les coups de l’homme qui prétendait les aimer. Et l’année n’est pas terminée.

Derrière ces chiffres, des drames et des vies brutalement arrachées. C’est pourquoi nous souhaitons rendre hommage aux victimes, ainsi qu’à toutes celles qui les ont précédées, en faisant résonner leurs prénoms dans nos mémoires.

Danielle, Élodie, Valentine, Fatima, Jessica, Nancy, Sabrina, Dominique, Céline, Éliane, Julie, Barbara, Isabelle, Mia, Sally, Leila, Ellen, Lutgarde, Lesley, Aurélie, Jill.

Les hommes qui leur ont ôté la vie, souvent après de longues périodes de maltraitance et de menaces, estiment que ces femmes leur appartiennent. Derrière ces crimes également, un système de domination bien ancré dans notre société : le patriarcat.

Quelle réponse la société apporte-t-elle ? Aux femmes, peu ou pas grand-chose. La plupart des victimes avaient d’ailleurs déjà porté plainte contre leur meurtrier. Face à l’absence de prise en compte de leur plainte ou la lenteur des procédures, beaucoup renoncent à entamer cette démarche, souvent par crainte de représailles. Quant à ces hommes violents, ils peuvent dormir tranquilles, 70 % de ces plaintes sont classées sans suite.

Aujourd’hui, il est urgent d’envoyer un signal fort pour que la peur change de camp.

La Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes vise à dénoncer non seulement les féminicides et les violences conjugales et ex-conjugales, mais aussi le harcèlement, les violences physiques et psychologiques, les viols et la culture du viol, les atteintes au droit à l’intégrité au sein ou en dehors du couple, la violence financière ou encore le sexisme ordinaire qui porte atteinte à la dignité de toutes les femmes.

Nous, élues, femmes écologistes et féministes, saisirons chaque occasion d’activer les leviers dont nous disposons pour forcer nos gouvernements à respecter leurs engagements, repris entre autres dans la Convention d’Istanbul, sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, que la Belgique a ratifiée il y a déjà 3 ans.

À court terme, nous voulons des mesures de rupture : l’enregistrement systématique de toutes les plaintes, l’intervention immédiate de la police et la fin des classements sans suite des plaintes pour violences conjugales. Car oui, c’est une question de vie ou de mort. À politique inchangée, ce seront 4 femmes de plus qui seront mortes d’ici la fin de l’année, soit dans un peu plus d’un mois. C’est insupportable.

Sur le long terme, la mise en place de la Conférence interministérielle proposée par les ministres Christie Morreale, Bénédicte Linard et la secrétaire d’État Nawal Ben Hamou est un premier pas vers le changement. Nous demandons maintenant que le fédéral rejoigne cette initiative. Bien que les négociations soient encore en cours, nous plaidons dores et déjà pour la mise en place d’un véritable ministère des droits des femmes.

Ensemble, également avec les associations de terrain, veillons à ce que la Belgique adopte une vision globale, coordonnée, et inclusive de la prévention, tous niveaux politiques et de compétences confondus.

Menons la bataille culturelle à travers l’éducation et la mobilisation collective afin que les violences cessent. Lutter contre les violences de genre passe par la mise en place de mesures structurelles pour mettre fin au sexisme, harcèlement et stéréotypes de genres. C’est par la sensibilisation et l’éducation à l’égalité dès le plus jeune âge que nous parviendrons à mettre fin à la banalisation de toutes les formes de violence et de domination. La lutte contre la diffusion de messages à caractère sexiste devra être renforcée, notamment dans le secteur de la publicité.

Assurons-nous que les victimes soient soutenues et accueillies avec respect, dignité et de manière adéquate. Toute personne qui se trouve ainsi en première ligne doit pouvoir bénéficier d’une formation solide sur les violences de genre et l’accueil des victimes afin d’être capable d’adopter une attitude adaptée et non intrusive, y compris au sein des corps de police. Les forces de police, comme les institutions d’accueil et de prise en charge des victimes, doivent également être renforcées dans leur capacité en ressources humaines et formations afin de mener cette mission. À ce titre, nous veillerons aussi à la féminisation des forces de police.

Dotons la justice des moyens nécessaires afin d’être à la hauteur du travail à mener. Pour qu’elle puisse offrir une réponse adaptée aux souffrances des victimes de violences sexuelles et psychologiques mais aussi des solutions innovantes visant à la réinsertion des hommes violents afin qu’ils ne représentent plus un danger pour la société et puissent prendre un nouveau départ dans la vie.

Exigeons que tous les États membres de l’Union européenne et l’Union elle-même ratifient la Convention d’Istanbul. Un cadre européen cohérent pour la lutte contre la violence à l’égard des femmes doit permettre d’améliorer la prévention des violences mais aussi de meilleurs protection et soutien aux femmes, quel que soit leur statut de séjour dans le pays où elles se trouvent.

Ces engagements sont autant de pas vers une avancée face à un combat qui doit absolument être mené sans concession. Les féminicides et, plus largement, les violences envers les filles et les femmes, ne sont pas de simples faits divers. Et c’est seulement ensemble, chacun et chacune à notre niveau, avec les moyens dont nous disposons, que nous pourrons peser et ainsi, agir sur ce phénomène de société qui nous concerne toutes et tous. Pas une de plus !

* Données : stopfeminicide.be