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« La Parole aux Écoles » : ce que nous disent 3 391 enseignants

Publié le 16 mai 2026
Rédigé par 

Du 3 au 20 avril 2026, Ecolo a lancé une grande consultation en ligne auprès du monde de l’enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles. 3 391 enseignants, directeurs et acteurs du milieu scolaire ont répondu. Le résultat est sans appel : 9 enseignants sur 10 se disent en difficulté ou mitigés dans leur métier, 97 % estiment ne pas être écoutés avant les réformes, et 93,8 % anticipent une détérioration de la qualité de l’enseignement.

Derrière ces chiffres, une réalité profonde : un corps enseignant épuisé par des réformes imposées sans concertation, qui demande avant tout reconnaissance et respect. Voici ce que les enseignants nous ont dit, et ce qu’Ecolo compte en faire.

Un malaise profond, et loin d’être passager

Le premier chiffre est brutal : 9 répondants sur 10 (89,6 %) déclarent se sentir « en difficulté » ou « mitigés » dans leur métier. À peine 10 % se disent bien dans leur travail. Ce n’est pas l’expression d’une mauvaise journée ou d’un ras-le-bol passager. C’est le signe d’une crise systémique du bien-être dans la profession enseignante.

Ce qui aggrave encore le tableau : le mal-être touche davantage ceux qui ont le plus d’expérience. 41 % des enseignants ayant plus de 10 ans de carrière se disent en difficulté, contre 26 % des débutants. Ce sont les piliers du système qui souffrent le plus.

Pour Marie-Colline Leroy, coprésidente d’Ecolo, cette réalité s’explique en partie par le contexte des dernières années : « Mon analyse personnelle, c’est que l’on a ici affaire à des enseignant(e)s qui ont investi beaucoup dans le Pacte pour un enseignement d’excellence depuis dix ans et ont l’impression qu’on est en train de détricoter des choses. »

« Pas du tout écoutés » : un désaveu massif

La deuxième donnée clé est tout aussi frappante. Interrogés sur la prise en compte de la voix des équipes éducatives avant l’annonce ou la mise en Å“uvre de nouvelles réformes, 97 % des répondants donnent la note 1 ou 2 sur 5. Et parmi eux, 81 % attribuent la note 1, « pas du tout écouté ».

C’est un verdict sans appel sur le mode de gouvernance actuel de l’enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles. Avant chaque réforme, avant chaque mesure, avant chaque décision qui change concrètement leur quotidien, les enseignants ne se sentent tout simplement pas entendus.

Les 2h face-classe supplémentaires : la mesure qui concentre toutes les colères

Parmi les récentes décisions du gouvernement MR-Engagés, une mesure cristallise à elle seule la frustration du terrain : l’augmentation de 10 % du temps face-classe, soit 2 heures supplémentaires sans rémunération additionnelle. Elle est citée par 49,3 % des répondants comme la mesure illustrant le mieux le manque de concertation, dépassant à elle seule la somme de toutes les autres mesures contestées réunies.

Le tronc commun arrive loin derrière, en deuxième position avec 13 % des citations, suivi de la suppression des nominations et du statut (6,4 %) et de la réforme du qualifiant (3,9 %).

Ce n’est pas un rejet diffus de l’idée de réforme. C’est un rejet massif et ciblé d’une mesure précise, perçue comme imposée sans dialogue, sans négociation, et sans contrepartie.

Marie-Colline Leroy pointe aussi la dimension symbolique de cette mesure :

 C’est une façon de dénigrer le travail de ces enseignants : dire qu’ils vont travailler 10 % de plus sans salaire supplémentaire, c’est sous-entendre qu’ils ne travaillent pas assez. Un peu comme l’annonce de la fin des nominations qui les fait en quelque sorte passer pour des privilégiés dans leur métier. Si on veut que les enseignants soient respectés, il ne faut pas véhiculer ce genre de propos au sein de la population. 

93,8 % : la quasi-unanimité du pessimisme

Interrogés sur l’impact des réformes en cours sur la qualité de l’enseignement et le climat scolaire, 93,8 % des répondants anticipent une détérioration (notes 1 ou 2 sur une échelle de 1 à 5). Ce chiffre est quasi-identique quelle que soit l’ancienneté : même les enseignants les plus récents (85,6 %) partagent ce pessimisme. La défiance vis-à-vis de la politique éducative actuelle n’est ni générationnelle, ni sectorielle. Elle est généralisée.

La réalité cachée du temps de travail

Un mythe tenace entoure le métier d’enseignant : celui des horaires légers et des longues vacances. Les données de cette consultation le contredisent directement. 77,2 % des répondants déclarent travailler 38 heures ou plus par semaine, et 33,5 % plus de 42 heures, en moyenne sur l’année, congés compris.

Ces heures ne se passent pas toutes en classe. Elles comprennent les préparations de cours, les corrections, les réunions, les contacts avec les familles, les suivis individuels d’élèves en difficulté. Un travail invisible, rarement comptabilisé, et jamais pleinement reconnu.

Marie-Colline Leroy, qui a elle-même été enseignante, confirme :

 On dit souvent que 50 minutes de cours, c’est deux heures de préparation. Ce n’est pas facile à quantifier d’ailleurs, parce qu’au quotidien, on est tout le temps en train de travailler, de préparer. Le temps que je dédiais à une préparation de cours donnait 50 minutes de cours qualitatives. Parce que l’on sait où on va, on est créatif, on a pensé à comment on allait amener l’élève à réfléchir… Tout cela prend du temps.

Ce que demandent les enseignants : être reconnus, être entendus

Les réponses aux questions ouvertes de la consultation complètent ce tableau. La première demande des enseignants pour se sentir mieux dans leur métier n’est pas d’ordre financier : c’est la reconnaissance et le respect, cités par 39,2 % des répondants. Viennent ensuite la réduction de la surcharge de travail invisible (20,6 %), le soutien humain en classe et le co-enseignement (14,3 %), et davantage d’autonomie professionnelle (14 %).

Ce que disent ces chiffres, c’est qu’un corps enseignant ne s’effondre pas uniquement sous le poids des heures supplémentaires ou des réformes mal conçues. Il s’effondre aussi quand il ne se sent plus respecté, ni par les décideurs politiques, ni par la société.

Ce que nous en faisons

Ces résultats ne sont pas une surprise pour Ecolo, ils confirment et documentent ce que nous entendons sur le terrain depuis des années. Mais ils donnent une ampleur et une précision inédites à ce constat.

Trois demandes structurent l’ensemble des réponses de cette consultation :

  • Être écoutés avant les réformes : 97 % ne le sont pas aujourd’hui.
  • Mettre fin à l’inflation réformiste imposée : les changements incessants sont le premier facteur de souffrance professionnelle cité.
  • Des mesures concrètes sur les conditions d’exercice : effectifs de classe, charge administrative, reconnaissance du temps de travail réel.

Ecolo porte ces demandes. Nous continuerons à les porter dans les enceintes parlementaires, dans le débat public, et dans nos propositions politiques pour un enseignement en FWB qui donne aux enseignants les moyens d’exercer leur métier avec dignité.

Retrouvez l’intégralité des résultats de la consultation « La Parole aux Écoles » par ici.

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