Mercredi dernier, s’est déroulée une importante commission interparlementaire sur le climat. À l’agenda notamment, les outils qui permettront à la Belgique de concrétiser une politique climatique coordonnée. Où en sommes-nous depuis la COP21 à Paris ? Le député wallon Philippe Henry nous éclaire.

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Pourquoi une commission interparlementaire est-elle si importante ?

Philippe Henry – A quelques semaines de la COP23, il est fondamental que la Belgique se dote enfin d’une trajectoire réaliste et ambitieuse concernant la transition énergétique et climatique. Le rythme actuel de la Belgique est beaucoup trop lent pour espérer atteindre les objectifs fixés d’ici 2020, et surtout au-delà. Les différents Ministres et tous les niveaux de pouvoir doivent se mobiliser et prendre enfin leurs responsabilités. Le climat se moque des frontières institutionnelles et des répartitions des efforts climatiques entre nos Régions ! Il est crucial que la Belgique parle d’une seule voix, et prenne des engagements clairs, qui couvrent plusieurs législatures et font consensus. C’est nécessaire pour « faire notre part » des objectifs climatiques mais c’est aussi indispensable pour faire partie des pays qui contribuent à un résolution mondiale du problème, qui donnent l’exemple. Il faut donc dépasser les clivages régionaux mais également les clivages majorité/opposition.

C’est pourquoi une commission interparlementaire, qui réunit des représentants de tous les parlements belges, est si importante. Nous souhaitons également que les acteurs concernés, et en particulier les ONG, puissent être entendus lors d’une prochaine réunion de la commission interparlementaire. La mise en œuvre de ce lieu unique et commun entre tous les parlements de notre pays doit permettre d’aborder avec eux les enjeux du climat dans notre pays.

Que devient le pacte énergétique, sensé fixer une vision commune des objectifs énergétiques belges aux horizons 2030-2050  ?

P.H. – Pour le moment, je dois bien constater que le dossier s’enlise. Alors que les quatre Ministres belges de l’énergie travaillent depuis plusieurs mois à l’élaboration de ce pacte, le document de synthèse qui circule actuellement est très faible. Or, ce pacte énergétique doit être finalisé d’ici la fin de l’année et, dans le courant de l’an prochain et les engagements qu’il contient peuvent être ancrés durablement dans un loi climatique fédérale et dans des décrets climatiques au niveau des trois Régions.

Parlant de loi climatique fédérale, Ecolo et Groen ont déposé une proposition…

P.H. – Ecolo et Groen ont en effet profité de la commission interparlementaire pour mettre sur la table une proposition de loi climatique belge, sur le modèle anglais, suédois et hollandais. Cette loi doit comprendre des objectifs contraignants pour réduire émissions de gaz à effet de serre, à court et à long termeAu Royaume-Uni et en Suède, ce type de loi est une réalité soutenue par les gouvernements. Les Pays-Bas, de leur côté, vont plus loin que ce qu’impose l’Europe et visent 49% de réduction des gaz à effet de serre d’ici 2030.

La Belgique doit elle aussi faire preuve d’ambition. Une loi climatique belge permettrait, par exemple, de quantifier le volume de gaz à effet de serre qui peut être émis annuellement. L’objectif d’une telle législation est également de mettre en place des politiques à plus long terme, au minimum à l’horizon 2030 et de préférence 2050. La Wallonie s’est déjà dotée, sous la précédente législature et sous l’impulsion d’Ecolo, d’un décret climat, fonctionnant sur le même principe, pour les compétences régionales. Et plus récemment, le Parlement de Wallonie vient de voter, à l’unanimité, une résolution ambitieuse pour une Wallonie zéro carbone d’ici 2050.

Si l’on veut attendre les objectifs fixés par les accords de Paris il y a deux ans, il s’agit désormais de prendre les mesures politiques en adéquation avec ces engagements. Et il s’agit d’agir dans une même direction, toutes régions confondues.