La ministre française de la santé, Agnès Buzyn, a annoncé hier sa volonté de supprimer le numerus clausus à la rentrée 2020, un système qu’elle qualifie de véritable ‘gâchis humain’. Une décision que salue Ecolo, qui plaide de longue date pour une modification de notre système actuel basé sur un numerus clausus et des quotas Inami. Les écologistes proposent que ces derniers soient remplacés par une planification territoriale de l’offre de soins et la mise en place d’un cursus de formation pluridisciplinaire au sein d’une ‘école de santé. Une proposition qui trouve également un écho dans la position de la ministre française, qui réfléchit à un tronc commun des études de santé.

Sur le système actuellement en vigueur en Belgique, Ecolo rappelle l’avis cinglant du Conseil d’Etat sur la loi récente de répartition des quotas Inami, qui pointe le risque de recul d’offre médicale si les réalités territoriales ne sont pas intégrées dans les critères d’évaluation et de planification, ainsi que l’atteinte à l’exercice des compétences des entités, dont la Wallonie en pénurie de médecins.

Ecolo a déposé une proposition de résolution à la Chambre visant à remplacer le système des quotas Inami. Pour les écologistes, la solution passe notamment par une évaluation territoriale des besoins en soins de santé et une planification de l’organisation des offres de soins de première ligne qui se base sur ces évaluations de terrain. Une même approche doit également être développée pour élaborer une offre territoriale de soins spécialisés en milieux hospitaliers.

« L’offre de soins médicaux, qu’il s’agisse des médecins généralistes ou des médecins spécialistes est en effet inadaptée aux besoins : il n’y a pas de répartition équilibrée entre les zones territoriales du pays, entre villes et communes rurales, entre les différents quartiers des grandes villes ; et il manque une complémentarité entre la première ligne de soins de proximité et les soins spécialisés en structures hospitalières. Les hôpitaux eux-mêmes ont des difficultés à recruter ou à conserver dans leurs services certaines disciplines de spécialistes tandis qu’on observe des surconsommations d’actes techniques dans d’autres disciplines », commente la députée fédérale Ecolo Muriel Gerkens.

« De nombreux rapports et études, de l’OMS notamment, pointent les pénuries, et montrent qu’il existe un réel problème d’accès aux soins et d’équité entre les citoyens selon les lieux où ils résident, leur capacité à se déplacer ou leurs moyens financiers, » poursuit le député Ecolo Philippe Henry. « Or, le système actuel continue de fixer des quotas, couplés à un numerus clausus limitant l’accès aux études de médecine. Certains étudiants belges choisissent même de terminer leur cursus dans un autre pays européen afin de revenir prester en Belgique en dehors des quotas. Certains hôpitaux sont également obligés de se tourner vers d’autres pays pour trouver les médecins dont ils ont besoin. Sur les 1715 médecins ayant reçu l’agrément en 2015, 23 % détenaient un diplôme étranger. Ces situations sont incroyables ! On a également constaté les conséquences dramatiques de l’examen d’entrée tel qu’il a été organisé pour la première fois cette année. Il est urgent de revoir l’organisation des offres de soins et de mettre en place de nouveaux dispositifs », ajoute Philippe Henry.

Concernant les études de médecine, les écologistes proposent depuis longtemps une réorganisation complète des différentes filières dans une école de la santé, en s’appuyant sur un tronc commun réel et une orientation bien plus progressive des étudiants tout au long de leur cursus. Enfin, concernant les médecins en exercice, les écologistes pointent l’importance d’organiser une régulation territoriale de l’offre de soins qui se base sur une évaluation permanente et dynamique des besoins de la population à partir des bassins de vie et de soins.

« Il est impossible d’organiser une politique de santé conforme aux exigences de qualité, d’accessibilité et d’équité en s’obstinant dans le système actuel. L’approche par bassins de soin permet une meilleure répartition et plus de complémentarité dans les offres. Sachant qu’il faut au moins 10 à 15 ans pour former un médecin, l’inertie répétée du Gouvernement fédéral sacrifie non seulement toute une génération d’étudiants mais met à mal une politique de santé publique adaptée aux besoins. De son côté, le Gouvernement Wallon doit enfin assumer ses compétences en organisation de l’offre de soins sur son territoire », concluent Muriel Gerkens et Philippe Henry. 

 

 

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