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Stockage des déchets nucléaires à Tihange : Ecolo demande la révision du projet

Stockage des déchets nucléaires à Tihange : Ecolo demande la révision du projet

En janvier dernier, Engie-Electrabel a introduit une demande d’autorisation auprès de l’Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire (AFCN) pour la construction d’un ensemble de 3 bâtiments sur le site de la centrale nucléaire de Tihange, visant à stocker les combustibles usés après leur passage en piscine de refroidissement.

Ecolo a analysé en détail les 1400 pages du dossier public de l’AFCN et s’inquiète des trop nombreux risques et incertitudes que comporte le projet d’Engie-Electrabel. Certains sont même corroborés par l’Agence de gestion des déchets radioactifs (ONDRAF).

Premièrement, le rapport préliminaire de sûreté prévoit que l’entrepôt est conçu pour une durée de vie opérationnelle « d’au moins 80 ans ». Engie-Electrabel annonce clairement que ce délai est conditionné à la solution pour le stockage final des déchets nucléaires. Or, il n’y a à ce jour aucune solution pour le traitement des déchets nucléaires en Belgique, ni aucun calendrier fiable à ce sujet.

« Le problème est que Tihange 2 doit arrêter de produire en 2023, et Tihange 1 et 3 en 2025. La phase de démantèlement ne devrait durer ‘que’ 15 à 25 ans. Rien ne justifie une période aussi longue au-delà du démantèlement du site. Ces combustibles usés hautement radioactifs viendraient hypothéquer le site sur tout le siècle, sans assurer aucun revenu ni aucune réhabilitation à la population et aux générations futures, d’autant que le blindage n’est qualifié que pour une durée de 50 ans… Imaginez manipuler des containers de déchets radioactifs datant des années 30 ! », s’inquiète le député fédéral Ecolo Samuel Cogolati.

Engie-Electrabel semble également anticiper le non-respect de la loi de sortie du nucléaire. En effet, la capacité du bâtiment doit, en principe, permettre 53 emplacements pour entreposer tous les combustibles nucléaires usés depuis les années 90 jusqu’en 2025.

« Or, le bâtiment prévoit 120 emplacements, soit plus du double ! Engie-Electrabel dit vouloir prévoir une marge en cas de production supplémentaire. Or, il n’est pas question de production supplémentaire si nous respectons la loi de sortie du nucléaire. Il est très interpellant de constater qu’Engie-Electrabel prévoit explicitement la possibilité de ne pas respecter cette loi de sortie du nucléaire et dimensionne le stockage à sec pour une production de déchets nucléaire qui pourrait durer jusqu’en 2050. C’est évidemment un très mauvais signal que nous ne pouvons ignorer », poursuit Samuel Cogolati.

Ecolo souligne par ailleurs que l’entrepôt n’est pas bunkérisé en cas d’accident aérien, alors qu’il est situé sous la route aérienne de Liège Airport, premier aéroport cargo en Belgique et 8ème aéroport de fret en Europe. Or, le pire scénario pris en compte par Engie-Electrabel est celui de la chute d’un avion de maximum 204 tonnes, alors que des cargos de plus de 400 tonnes atterrissent quotidiennement à Bierset.

« Il est hors de question que le site de Tihange se transforme en désert radioactif. Qu’on soit pour ou contre, c’est l’indéniable héritage du nucléaire, et nous devons prendre toutes les mesures qui s’imposent pour garantir une gestion sure et responsable des déchets », ajoute Samuel Cogolati.

« Le projet doit être révisé. Rien ne justifie un projet de cette dimension, ni de cette durée. Le bâtiment doit être bunkérisé. », conclut Samuel Cogolati, qui interpellera dès que possible la Ministre de l’Energie et le Ministre de l’Intérieur sur les risques identifiés par l’ONDRAF.

Au niveau régional, les écologistes interpelleront également le Ministre de l’environnement sur l’étude d’incidences sur l’environnement. « Les autorités doivent absolument garantir que la totalité de l’impact environnemental de la gestion des déchets soit à la charge de l’exploitant et non de la collectivité. C’est le principe du pollueur-payeur qui doit s’appliquer et non celui du pollueur-déserteur », précise le député wallon Ecolo Rodrigue Demeuse.

L’analyse complète réalisée par Ecolo du rapport de l’ONDRAF est disponible ici