• Pendant que l’Afsca s’acharne à mettre sous scellés une boulangerie artisanale bio à Visé pour un soi-disant refus de contrôle; pendant qu’en Wallonie de nombreux éleveurs qui essayent de produire de la qualité sont sous la pression de normes de plus en plus nombreuses et de plus en plus bureaucratiques, la Belgique découvre avec stupéfaction que depuis 18 mois, l’entreprise Veviba pratique la fraude à grande échelle :
  • des produits impropres à la consommation envoyés au Kosovo et ailleurs, du ré-étiquettage, des morceaux interdits incorporés au haché, des cuves non nettoyées… ;
  • des travailleurs détachés de Pologne employés dans des conditions inacceptables ;
  • des syndicats interdits d’entrée dans l’entreprise ;
  • des enveloppes pour faire taire ;
  • des contrôles « inopinés » annoncés plusieurs jours à l’avance ;
  • des éleveurs qui se plaignent de fraudes à la pesée à leur détriment,…

Le groupe Verbist représente plus d’un tiers du marché de la viande en Belgique. Cette entreprise a été dénoncée dès 2016 à l’Afsca pour commercialisation de viande avariée vers le Kosovo et son abattoir flamand a été fermé pour maltraitance animale.

Toute la lumière va devoir être faite sur ce délais, sur les contrôles effectués, leur fréquence et leur nature. Muriel Gerkens au Parlement fédéral, et Hélène Ryckmans, au Parlement wallon, ont demandé à entendre les ministres concernés.

Comme pour le Fipronil, comme pour la dioxine, comme pour la viande de cheval dans les lasagne, comme pour la salmonelle chez Lactalis, comme pour la présence massive de pesticides et de perturbateurs endocriniens dans nos aliments, comme pour ces jambons qui ne contiennent que 75 % de viandes mais bien trop de sels nitrités cancérigènes,… pourquoi les agence sanitaires ne sont-elles pas capables d’identifier et de prioriser les acteurs clefs ou stratégiques de la chaîne alimentaire, ceux qui présentent à la fois les plus gros risques de fraudes et le potentiel de conséquences sanitaires le plus important ?

Les consommateurs ne savent plus à quelles étiquettes, à quels aliments faire confiance. Ils doutent à raison, ils s’inquiètent alors que notre nourriture devrait être garantie saine.

Réunis en congrès sur les enjeux de l’agriculture et de l’alimentation, les écologistes exigent une profonde réforme de l’AFSCA et notamment des contrôles bien plus ciblés et proportionnés en vue de garantir une alimentation de qualité pour tous.

L’Afsca doit être beaucoup plus ferme et vigilante avec les acteurs stratégiques des filières, tous ceux qui ont les moyens « d’inonder » nos assiettes en faisant courir de véritables risques sanitaires. Aujourd’hui, quoi qu’en dise l’Agence, ce n’est pas le cas.

Sur le moyen terme, l’enjeu ne sera pas de corriger quelques dysfonctionnements du système agro-alimentaire industriel. C’est son fonctionnement même qui doit changer. La concentration et l’industrialisation de la chaîne alimentaire portent en elles les germes de ces scandales, de la rupture de lien et de la confiance, de la mise sous pression des paysans.

Les écologistes veulent que la logique économique ne privilégie plus la rentabilité de quelques-uns et la course au prix bas, mais bien la pertinence d’un système durable, la juste rémunération des paysans, le respect de la terre et de la santé des consommateurs, des saveurs et de notre patrimoine gastronomique…

Notre système alimentaire est arrivé à un tournant. Le scandale Veviba n’est que l’énième d’une longue série, tous liés aux dérives de l’industrialisation. Et au final, au nom de la réduction des coûts, ce sont les citoyens qui paient le prix.

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