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Qualité de l’air: l’air malsain continue d’étouffer les Bruxellois

Qualité de l’air: l’air malsain continue d’étouffer les Bruxellois

La qualité de l’air à Bruxelles est mauvaise. Tout le monde le sent et le constate. 10.000 à 13.000 personnes décèdent annuellement en Belgique des conséquences de la pollution de l’air ; on en compte plus de 600 rien qu’à Bruxelles. La trop haute concentration de polluants provoque des difficultés respiratoires, des maladies pulmonaires, vasculaires et du cœur, ainsi que des cancers. La mauvaise qualité de l’air est particulièrement dangereuse pour les enfants et les personnes âgées.

Malgré ces aspects alarmants, le problème reste sous-estimé. Les mesures structurelles pour améliorer la qualité de l’air sont à la traîne, et il n’y a que 9 stations de mesures officielles en Région bruxelloises.

C’est la raison pour laquelle Ecolo et Groen ont lancé en début d’année un large appel aux citoyens pour trouver des lieux pour mesurer la qualité de l’air sur toute la Région bruxelloise.

Les réactions ont été nombreuses : les bruxelloises et les bruxellois sont en effet préoccupés par la mauvaise qualité de l’air qu’ils respirent. Les écologistes, avec l’aide de volontaires, ont ainsi installé des instruments de mesure dans 250 endroits variés : rues au trafic dense, parcs, écoles et crèches,… L’analyse est sans appel : les résultats sont préoccupants.


Méthodologie

Les tubes de mesure sont des récepteurs passifs comme ceux de l’action « CurieuzeNeuzen » en Flandre. Ils sont préparés et analysés par la société anglaise Gradko International. Les tubes sont enduits avec une préparation de 50%TEA/Aceton qui mesure les quantités de dioxyde de d’azote (NO2) en microgramme par mètre cube (µg/m³).

Par point de mesure, nous avons pendu 2 tubes pendant 4 semaines entre mi-février et mi-mars. Le résultat (en µg/m³) par point de mesure représente la moyenne des valeurs des 2 tubes, extrapolée pour donner une moyenne annuelle. Le fait de placer 2 tubes offre une meilleure précision des résultats.


Normes

Les directives européennes en matière de qualité de l’air précisent que la moyenne annuelle de concentration en NO2 ne peut dépasser 40 microgrammes par mètre cube (40 µg/m3). En Région bruxelloise, cette limite est dépassée chaque année dans presque toutes les stations de mesures officielles.

Or, cette limite est déjà haute. En effet, selon l’Organisme mondial de la santé (OMS), il n’est pas à exclure que, même sous cette limite de 40 µg/m3, les gens peuvent ressentir des effets négatifs sur leur santé. Encore plus interpellant, il n’existerait pas de seuil en-dessous duquel le NO2 n’a pas d’effet néfaste sur la santé. L’OMS conseille donc actuellement de rester sous les 20 µg/m3. En conclusion, dès 20 µg/m3, il faut s’attendre à des effets négatifs sur la santé.


Résultats

29,3% de nos points de mesures présentent des valeurs qui dépassent la limite européenne de 40 µg/m3. Seuls 3,8% des points ont des résultats sous la limite de l’OMS de 20 µg/m3. Ceci signifie que, presque nulle part en Région bruxelloise, on ne peut respirer de l’air qui présente une quantité de NO2 sous la limite recommandée par l’OMS.

Nous constatons que les valeurs sont parfois très différentes entre des points de mesures qui sont pourtant assez proches géographiquement. C’est par exemple le cas à Saint-Gilles où 6 points de mesures éloignés entre eux de moins d’un kilomètre présentent des valeurs qui passent de 25 µg/m3 à 49 µg/m3. Ceci illustre l’importance d’avoir des mesures réglementaires qui tiennent compte de la spécificité des lieux, comme par exemple, une adaptation locale des plans de circulation et de la végétalisation.

Les valeurs les plus hautes ont été mesurées dans les communes les plus denses et les quartiers avec des rues étroites et des hauts bâtiments comme à Saint-Josse, Koekelberg et Molenbeek-Saint-Jean. La pollution de l’air et les inégalités sociales vont souvent de pair. Les communes aux niveaux de revenus moyens les plus bas et les personnes qui vivent le long des axes à forte circulation sont les plus touchées. 

Plus de trafic égale plus de pollution

Nous constatons que les points de mesures avec des valeurs (très) hautes sont tous situés dans des lieux à trafic dense. Ce sont souvent, mais pas toujours, des axes régionaux. Mais la mauvaise qualité de l’air ne se limite pas aux grands axes : le trafic de masse a des effets sur l’ensemble de la Région. Voici quelques points qui sortent du lot par leurs mauvais chiffres :

– Botanique (sortie du tunnel), Saint-Josse : 126 µg/m3
– Parc Elisabeth, sortie du tunnel Léopold II, Koekelberg : 72 µg/m3
– Musée du tram, avenue de Tervuren, Woluwe-Saint-Pierre : 63 µg/m3
– Chaussée de Haecht près de la station Bordet, Evere : 62 µg/m3
– Avenue Barthélémy 26, Bruxelles : 51 µg/m3
– Place Sainctelette, Molenbeek-Saint-Jean : 51 µg/m3
– Chaussée de Waterloo 367, Ixelles : 51 µg/m3
– Avenur De Smet de Nayer 119, Jette : 49 µg/m3
– Rue Belliard, Bruxelles : 46 µg/m3
– Boulevard General Jacques 124, Ixelles : 45 µg/m3
– Place Eugene Flagey 32, Ixelles : 42 µg/m3
– Avenue Keizer Karel 140, Ganshoren : 41 µg/m3

Vu la concentration de voitures dans un lieu confiné et étroit comme les tunnels, les concentrations de NO2 sont donc très hautes aux entrées et sorties des tunnels, tout comme au-dessus des grilles de ventilation qui crachent de l’air vicié tout le long du tunnel. Or, ces grilles aboutissent régulièrement dans des parcs. Du côté des automobilistes, bloqués dans les bouchons des tunnels, ils respirent également un air très néfaste pour leur santé.

Selon le plan régional pour le développement durable (PRDD), 67% des oxydes d’azotes mesurés dans l’air bruxellois sont dû au trafic automobile et en particulier aux voitures roulant au diesel. Les journées sans voitures démontrent chaque année l’effet néfaste du trafic sur notre air : la différence, enregistrée dans les stations de mesures officielles, entre un jour avec voitures et sans voitures est énorme, en particulier concernant les oxydes d’azote. L’Organisation mondiale pour la santé (OMS) est claire à ce sujet: les gaz d’échappement des moteurs diesel sont cancérogène et augmentent les risques de cancer du poumon.

De l’air pollué aux abords des écoles et des crèches

Les bruxellois sont préoccupés par la santé de leurs enfants, comme le montrent les initiatives « Filter Café Filtré ». Les enfants sont en effet particulièrement vulnérables: des études démontrent que les enfants qui ont grandi à moins de 500 mètres d’une rue à trafic dense ont des poumons moins développés. A hauteur d’enfant, la qualité de l’air est en outre moins bonne de 30% par rapport à celui respiré à hauteur d’adulte.

C’est pour cette raison que nous avons également installé des points de mesure près des écoles et des crèches. Les résultats sont préoccupants : à proximité de plusieurs écoles, réparties dans toute la Région, le mesures dépassent les normes OMS et dépassent même parfois les limites européennes.

Voici une série de résultats qui illustre ce fait :

  • Ecole du Parvis à Saint-Gilles : 49 ug/m3

  • Collège Heilig Hart à Ganshoren: 48 ug/m3

  • Institut de la Sagesse à Saint-Josse-ten-Noode: 46 ug/m3

  • Crèche Les Mères Veillent à Forest : 45 ug/m3

  • Ecole primaire St Joris dans le pentagone : 44 ug/m3 (Ici il y a également un hôpital en face)

  • Institut des Sœurs de Notre Dame à Anderlecht : 31 ug/m3

La végétation aide

La végétation améliore la qualité de l’air. Les communes où il y a le plus de vert, comme Watermael-Boitsfort, Uccle et Berchem-Sainte-Agathe, affichent de meilleurs résultats. Les arbres sont en effet des filtres naturels qui purifient l’air. Néanmoins, il est interpellant de constater que même dans les parcs, les jardins, et les plaines de jeu, la quantité de NO2 est supérieure à la limite sanitaire de l’OMS, comme le montre notre point de mesure au milieu du parc de la Warande (26 ug/m3).

Il n’y a quasiment aucun endroit à Bruxelles où l’air est vraiment sain. L’impact d’un axe routier très fréquenté à proximité d’un espace vert semble supérieur à la capacité filtrante des arbres.

Un exemple intéressant dans ce contexte est le parc Elisabeth, en-dessous et au travers duquel passe le tunnel Leopold II. Dans le parc, à la sortie du tunnel, nous avons mesuré une concentration de NO2 de 72 ug/m3. A côté de ce point de mesure dans le parc, on trouve une plaine de jeu. L’air pollué du tunnel est donc diffusé dans ce parc et dans la plaine de jeu, en continu jour et nuit. Ce qui implique que les enfants qui jouent à cet endroit sont exposés à des émissions de NO2 presque 4 fois supérieures à la norme OMS.

Les points noirs

Nous comptons 5 points de mesures en Région bruxelloise qui affichent des valeurs supérieures à 60 µg/m3 : soit plus de 1,5 fois la norme européenne et plus de 3 fois le seuil sanitaire de l’OMS. La valeur maximale que nous avons récoltée se trouve au coin du parc à la sortie du tunnel Botanique : 126 µg/m3, soit plus de 3 fois la norme européenne et 6 fois celle de l’OMS !

  • Botanique (sortie du tunnel), Saint-Josse-Ten-Noode : 126 µg/m3

  • Parc Elisabeth, sortie du tunnel Léopold II, Koekelberg : 72 µg/m3

  • Rue Saint-Annakerk 88, Koekelberg: 66 µg/m3

  • Musée du tram, avenue de Tervuren, Woluwe-Saint-Pierre : 63 µg/m3

  • Chaussée de Haecht près de la station Bordet, Evere : 62 µg/m3

Que veut Ecolo ?

Pour améliorer la qualité de l’air à Bruxelles, il faut prendre des mesures structurelles sur deux fronts : diminuer le trafic automobile et mieux isoler les bâtiments.

Etant donné que la majorité des émissions de NO2 à Bruxelles provient du trafic automobile, nous voulons encourager les navetteurs et les bruxellois à diminuer leurs déplacements en voiture, en offrant de meilleurs transports en commun comme alternative. Nous prévoyons de nouvelles lignes rapides en site propre (tram, métro, et bus électrique) et l’achèvement du réseau RER pour débloquer Bruxelles de sa périphérie. Nous voulons également renforcer l’offre ferroviaire à l’intérieur de la Région bruxelloise et ainsi utiliser les stations existantes pour offrir de meilleures liaisons, pour un REB (Réseau Express Bruxellois) performant.

Le vélo doit également devenir une alternative évidente pour les déplacements vers et dans Bruxelles. Nous souhaitons à cet égard un réseau régional cyclable composé de rues cyclables et de pistes cyclables séparées. Des véloroutes‘, c’est-à-dire des ‘autoroutes pour vélos doivent permettre des déplacements sécurisés et rapides pour entrer et sortir de Bruxelles.

Nous restons opposés à l’élargissement du Ring. Plus d’asphalte finit toujours par attirer plus de voitures, ce qui va générer encore plus d’émissions de NO2 et de particules fines, ce qui rendra l’air encore moins respirable et plus malsain.

Les écologistes entendent renforcer la nature et son action filtrante : plus d’arbres, d’arbustes et de végétation dans chaque rue pour assainir naturellement l’air. Nous voulons que chaque enfant ait accès à un espace vert ou de jeu dans un périmètre de 500 mètres de son habitation.

Isoler les bâtiments représentent une diminution des pollutions mais également de la facture énergétique. C’est la raison pour laquelle Ecolo veut soutenir et encourager l’isolation et la végétalisation des habitations et des bâtiments publics, grâce à des investissements publics. Nous voulons également faciliter l’accès aux primes, et simplifier les normes et les procédures urbanistiques.

Enfin, nous voulons adopter les seuils de santé de l’organisation mondiale pour la santé (OMS) à la place de la norme européenne, moins stricte.

Pour tous les résultats des mesures → https://www.google.com/maps/d/viewer?mid=1Kn7c7DF6OD4rMt8w1s0X4x3crmMigWX9&ll=50.846701969817865%2C4.359412636325715&z=14