C’est un euphémisme de le dire, la question de la politique migratoire agite notre pays. Les débats sont vifs, parfois même douloureux. Ces dernières années, les réactionnaires et l’extrême-droite européenne ont occupé le terrain et imposé leur agenda de telle sorte qu’aujourd’hui on nous fait croire que le seul horizon politique est la fermeture des frontières et le repli sur soi. Toute alternative à cette approche se voit discréditée. En conséquence de quoi nos citoyens, alimentés essentiellement par les discours politiques de haine et de fermeture, ont légitiment peur et demandent à être protégés.

Heureusement, l’opinion publique n’est ni immuable ni univoque. Aujourd’hui, nous sommes de plus en plus nombreux à nous engager et à nous mobiliser pour accueillir les migrants dans des élans de générosité qui prouvent que l’humanité et la solidarité peuvent primer sur la peur et les préjugés.

Si l’initiative citoyenne est à applaudir, elle ne suffit pas et doit être relayée politiquement. C’est d’abord et avant tout le rôle de nos autorités que de répondre structurellement et efficacement aux besoins et aux attentes légitimes d’individus en danger.

A l’occasion d’un ecolab (*), nous avons suscité le débat sur les migrations afin de permettre à d’autres voix de se faire entendre et de porter haut et fort le projet pragmatique d’une société ouverte et d’une autre gestion des flux migratoires fondée sur l’ouverture, l’intelligence, l’efficacité et l’humanisme.

L’échec de la fermeture des frontières

La politique de fermeture, en plus d’être injuste, inhumaine et contraire au respect des droits humains, est totalement inefficace au regard même des objectifs qu’elle se donne. Elle ne parvient ni à réguler les flux migratoires ni à les diminuer. Elle renforce par contre l’immigration clandestine qu’elle dit combattre, elle enrichit les passeurs et accroît l’emprise des réseaux de traite d’êtres humains. Pire que tout, elle fait de la Méditerranée un immense cimetière sans sépultures.

L’idée répandue selon laquelle la fermeture des frontières pourrait limiter les flux migratoires témoigne d’une méconnaissance totale de la réalité des migrations. Contrairement à une conception qui s’est imposée progressivement, les frontières ne sont pas un instrument de régulation des migrations. L’impact de l’ouverture ou de la fermeture des frontières sur le nombre de migrants est tout à fait marginal. La fermeture des frontières n’empêche pas les migrations. Elle les rend plus précaires, plus coûteuses et surtout plus dangereuses. Quant aux politiques menées, elles influencent, elles, les conditions dans lesquelles se déroulent ces migrations.

Il est temps de mettre de l’ordre dans le chaos où l’Europe et ses États-membres se sont enferrés.

Pour une société ouverte et inclusive

Notre vision en matière d’asile et migration s’inscrit dans le projet d’une société ouverte, interculturelle, solidaire et respectueuse des droits humains. Elle s’oppose à l’idée d’un monde fragmenté, replié anxieusement sur les frontières nationales dont la vocation protectrice est illusoire. La fermeture des frontières est un mirage. Notre vision et nos propositions démontrent la possibilité et l’impératif d’une nouvelle approche des migrations, fondée sur l’ouverture, l’intelligence, l’efficacité et l’humanisme. Elles s’appuient sur les extraordinaires capacités d’engagement et de générosité de nos concitoyens.

Depuis toujours, des centaines de millions de personnes ont quitté leur pays pour se donner les chances d’une vie meilleure. Des centaines de milliers d’immigrés ont contribué à la prospérité de notre pays. Ils ont enrichi notre culture et façonné le visage multiculturel de notre pays. Ce pluralisme culturel fait l’identité de notre pays. Il est une richesse et une opportunité. Il est surtout une réalité, qui représente des défis que nous devons regarder ensemble. Les nationalistes affirment que des personnes de cultures, de nationalités et de religions différentes ne peuvent pas vivre en harmonie. Ils voient dans la diversité un problème, une faiblesse, une source d’instabilité et d’insécurité. Nous affirmons précisément l’inverse. La diversité contribue à la résilience des sociétés, elle est moteur de créativité et d’innovation, elle favorise l’émergence de ce dont notre société, en proie aux crises, a le plus besoin : de nouvelles idées.

Plus encore que de moyens financiers, c’est de courage, de pédagogie et de patience dont nous avons besoin : le courage de dire le bilan calamiteux de la fermeture des frontières, la nécessité d’un changement de cap vers plus d’ouverture et la profonde injustice d’un principe de libre circulation qui vaudrait pour les capitaux, les biens et les services mais dont seraient privés certains êtres humains en détresse en raison de leur lieu de naissance ; la pédagogie nécessaire pour démonter les intox, faire tomber les préjugés, dissiper les peurs et créer les conditions d’une dynamique d’accueil mobilisatrice ; enfin, la patience d’œuvrer à des politiques ici et maintenant mais dont les résultats ne seront entiers qu’à moyen terme.

Une nouvelle approche des migrations : décriminaliser, ouvrir et inclure

Nous plaidons pour une politique migratoire qui décriminalise les migrants. Différentes décisions de la Cour européenne des droits de l’Homme et la Cour de justice de l’union européenne invitent à dépénaliser le séjour illégal. À moyen terme, nous souhaitons la fin des centres fermés. Créés dans les années 90, ces centres portent gravement atteinte à la liberté individuelle de personnes n’ayant pas commis de crime ou délit et ne représentant pas un risque pour l’ordre public.

La délivrance du visa ne doit être, à terme, conditionnée qu’à la vérification de la non-dangerosité pour l’ordre public et la sécurité nationale du demandeur. Cette approche éliminerait les effets de la politique actuelle : l’incitation à la clandestinité, la dissuasion au retour dans le pays d’origine, le renforcement des filières. En effet, aujourd’hui, ceux qui ont réussi à obtenir un visa d’accès à un pays européen y restent après l’expiration du visa par crainte de ne plus pouvoir revenir.

Il est urgent d’assurer à toute personne résidant légalement en Belgique le droit de travailler sans avoir besoin d’un permis de travail. Il s’agit également d’améliorer rapidement les dispositifs de reconnaissance d’équivalences des diplômes étrangers, et d’organiser des examens d’aptitudes certifiants pour les personnes ne pouvant présenter leurs diplômes. Il s’agit encore de lever les obstacles injustifiés à l’intégration de personnes compétentes sur le marché du travail. L’intégration rapide des primo-arrivants sur le marché du travail permet de limiter la pression sur la Sécurité sociale et d’avoir un impact positif sur les finances publiques.

Nous plaidons pour un renforcement significatif, en Wallonie et à Bruxelles, des cours de français langue étrangère. L’apprentissage de la langue est fondamental pour trouver sa place dans la société, exprimer ses compétences et talents, et ainsi contribuer au bien commun. Les pouvoirs publics ont le devoir d’investir massivement dans l’organisation de ces cours pour permettre aux primo-arrivants de se lancer dans leur nouvelle vie.

Nous voulons soutenir les communes qui accueillent de nombreux réfugiés pour leur permettre de mettre en place des structures à taille humaine qui s’intègrent harmonieusement dans leur tissu social.

L’avenir de la politique migratoire se joue au niveau européen

C’est au niveau européen que se situent les leviers nécessaires pour rendre aux migrants leur dignité et leur intégrité. C’est au niveau européen que peut se dessiner un projet politique différent, porteur de sens en matière de migration. Les expériences allemande et suédoise l’ont montré récemment : on ne peut attendre d’un pays qu’il ouvre seul ses portes si toutes les frontières alentour restent closes. Nous voulons en finir avec l’Europe forteresse qui s’enfonce dans le tout sécuritaire, obnubilée par le contrôle de ses frontières extérieures et reniant les promesses de la construction européenne. Le contrôle des frontières extérieures de l’Union européenne ne peut pas faire office de politique européenne en matière d’asile et d’immigration, comme c’est le cas aujourd’hui.

A court terme, la priorité de l’UE doit aller à l’octroi de visas humanitaires et la mise en place de voies d’accès sûres et légales permettant aux migrants de rejoindre l’Europe en toute sécurité et y voir leur dossier examiné, sans risquer leur vie dans un voyage périlleux et se mettre à la merci des passeurs. L’UE doit dénoncer l’accord entre l’UE et la Turquie, et tous les accords similaires, qui violent les principes fondateurs du droit d’asile, les droits fondamentaux des individus et ne sont pas soumis à un contrôle démocratique. L’agence Frontex doit être mieux contrôlée et la transparence sur ses mandats, ses actions et ses responsabilités doit être assurée.

A moyen terme, il faut réformer en profondeur le système Dublin II. Il faut organiser l’accueil des nouveaux arrivants dans le cadre d’une répartition structurelle et équilibrée entre États-membres, en leur fournissant une information objective sur les pays de destination et qui tiennent compte des préférences des migrants afin de faciliter leur intégration. Nous plaidons également pour l’unification des critères et procédures d’octroi d’asile à travers les États-membres afin de garantir une égalité de traitement des demandeurs. Enfin, nous appelons à la création d’une agence unique européenne chargée de centraliser le traitement de toutes les demandes d’asile.

Lire la proposition complète ici

(*) A travers 12 Ecolabs, les Verts mettent en discussion leurs objectifs politiques afin de construire des alliances avec des acteurs sociaux, économiques et citoyens.

Intervenants extérieurs : François Gemenne (Chercheur ULg / Sciences Po Paris) / Pierre Verbeeren (Directeur, Médecins du Monde, Belgique) / Alexis Deswaef (Président, Ligue des Droits de l’Homme) / Céline Francis (Officier de liaison, Communauté Sant’Egidio) / Benoît Van der Meerschen (Secrétaire général adjoint du Centre d’Action Laïque) / Jean-François Tamellini (Secrétaire fédéral de la FGTB) / Ska Keller (Députée européenne, Die Grünen) / Barbara Romagnan (Députée PS à l’Assemblée Nationale française) / Philippe Hensmans (Directeur, Amnesty International, Belgique) / Damien Carême (Maire de Grande-Synthe, EELV) / Caroline Intrand (Co-Directrice, Cire) / François De Smet (Président de MYRIA) / Anton Sabbe (Responsable de la task force « Réfugiés » de la FEB).

(Re)découvrez la vidéo de l’événement:

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(Re)découvrez les photos de l’événement: https://www.flickr.com/photos/ecolo-be
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