Après le temps de l’incompréhension et de révolte, doit venir celui de l’analyse et de l’action. Beaucoup de pistes ont été exprimées, y compris en Fédération Wallonie-Bruxelles où le gouvernement annonce un « plan de prévention du radicalisme ». Incohérence totale de la part du PS et du cdH alors que ce 1er janvier, signifie l’exclusion de plus de 30 000 personnes, dont 17 000 jeunes. Exclus du chômage, en conséquence des décisions que ces mêmes partis ont adoptées. En Fédération Wallonie-Bruxelles, les mêmes PS et cdH ont opté pour un retour rapide à l’équilibre et des budgets d’austérité, au détriment de la lutte contre la pauvreté, des moyens de fonctionnement des écoles, dont les plus défavorisées.

Un peu de cohérence s’il vous plaît ! On ne crée pas de vivre ensemble par l’exclusion. Aussi, l’école, la jeunesse, les médias et la culture sont des partenaires clés dans la lutte pour plus de vivre ensemble, de démocratie, de diversité et de l’égalité. Et donc, dans la prévention des radicalismes et dans la promotion des valeurs communes.

1. Une école qui incarne la démocratie et l’égalité

Notre enseignement est un des plus inégalitaires des pays industrialisés. Pire : loin de contribuer à résorber les inégalités sociales, il les reproduit, voire les renforce. Et que fait-on pour combattre ces inégalités ? La Ministre Milquet propose un Pacte dont la philosophie est toute autre : l’excellence, la compétition, le niveau. Et quid, d’une école « ascenseur social », « ascenseur citoyen » ? Rien !

Avant de les exclure du chômage, notre société exclut les jeunes de l’école. A Bruxelles, 23% de jeunes Bruxellois entre 12 et 17 ne sont plus à l’école. Ils sont en décrochage scolaire. Que fait-on de ces jeunes ? Le « plan de prévention du radicalisme  » n’en dit rien

Un autre élément absent du plan, c’est le mélange des publics. On ne répondra pas aux questions posées par Charlie hebdo en ne proposant des mesures, activités culturelles qu’aux écoles soi-disant « concernées ». Elles le sont toutes. Il faut créer des rencontres entre élèves d’origines et d’horizons différents et de créer des débats entre eux.

Pour les écologistes, le véritable défi de l’enseignement francophone de Belgique, est de répondre aux inégalités pour permettre à tous les enfants de trouver leur place dans la société à l’issue de leur parcours scolaire. Ce qui implique de refonder l’école en partant de la base, soit de la fréquentation et de la qualité des maternelles.

Nous avons aussi besoin de plus de citoyenneté à l’école. Pas seulement un cours de citoyenneté « pour certaines écoles », mais de la citoyenneté au quotidien. Les écoles où les droits à l’expression et à la participation sont mis en œuvre, celles où on pratique des pédagogies actives, sont celles qui vivent le moins la violence et le harcèlement.

Enfin, il faut ouvrir l’école. Toute la responsabilité ne doit pas reposer sur les enseignants. Certes, ils doivent être tous outillés pour faire face aux questions posées par leurs élèves. Mais il y a aussi des acteurs extérieurs, associatifs ou culturels, qui proposent des animations ou activités pour les aborder de manière professionnelle. Il faut ouvrir l’école.

2. Des acteurs qui redonnent de l’espoir à une jeunesse désabusée

Une fois encore, les chiffres sont implacables : 55% des 18-30 ans n’ont pas envie de vivre ensemble et plus de 3 jeunes adultes sur 10 rejettent la société. Ils ne croient pas en l’avenir.

On notera, parmi les mesures annoncées par le gouvernement, l’idée d’un « forum participatif », des formations pour les acteurs de la jeunesse, des plans locaux de jeunesse ». Si elles peuvent apparaitre comme positives, les écologistes se demandent comment ces mesures vont atteindre les milliers de jeunes exclus du chômage et de l’école et qui n’y croient plus… sans nouveaux moyens pour la jeunesse et l’aide à la jeunesse.

Et que dire de cette piste inqualifiable, avancée par Vincent de Wolf du MR : celle d’une IPPJ pour les jeunes radicalisés ? Quoi de plus néfaste que d’enfermer des jeunes radicaux entre eux ! Rappelons les mots du délégué général aux droits de l’enfant, Bernard De Vos : il n’y a “rien de pire qu’un entre-soi criminogène et pathogène. Quel éducateur, quel spécialiste parviendrait à les ‘dé radicaliser’ tous ensemble? Les isoler, les maintenir à l’écart tous ensemble, c’est réduire les chances de les sortir de ce milieu.”

Par ailleurs, il faut pouvoir donner aux acteurs un large panel de mesures pour qu’ils puissent proposer des réponses adéquates à l’acte commis : les IPPJ, certes, mais aussi le suivi intensif, les mesures réparatrices, etc. Il faut redonner les moyens aux acteurs de la jeunesse afin qu’ils puissent redonner de l’espoir de réinsertion aux jeunes.

3. Des médias qui rassemblent au lieu de distinguer

Mais ce serait une erreur de croire que les risques de radicalisation ne concernent que les jeunes. Il suffit de consulter les réseaux sociaux pour constater que ce ne sont pas les jeunes qui disent le plus d’inepties sur les femmes, les immigrés, les Belges, les juifs, etc. Les adultes doivent surveiller l’image qu’ils renvoient avant de dénoncer les jeunes. Il nous faut donc sensibiliser tout le monde. Et la première question est de savoir ce que nous faisons pour construire un le « nous » ? Comment mettre en avant ce qui nous rassemble plutôt que ce qui nous distingue ? Ce qui nous rassemble c’est aujourd’hui moins un passé commun qu’un destin commun. Cette question ne trouve pas d’échos dans le plan du Gouvernement.

Dans les compétences de la Fédération, la construction de ce « nous », passe par l’enseignement mais aussi les médias. Le baromètre de la diversité du Conseil supérieur de l’audiovisuel montre une sous-représentation constante de certains groupes dans les médias audiovisuels : les femmes, les personnes d’origine étrangère et les classes plus populaires. Quant à l’image des jeunes dans les médias, elle est globalement celle d’une « jeunesse sans parole, passive et désinvestie  Si nous ne prenons pas de mesures pour corriger cette image, il ne faudra pas s’étonner qu’une partie du public ne se retrouve pas. Le gouvernement doit faire de ces baromètres sur la diversité une priorité et il doit fixer des objectifs à atteindre.

Il s’agit bien sûr d’actions à moyen et à long terme. Nous devons penser à une nouvelle manière de relever les défis, qu’il s’agisse du racisme, de l’égalité entre les hommes et les femmes, de l’antisémitisme, de l’islamophobie, etc., afin que les dispositifs mis en place ne touchent pas que ceux et celles qui sont déjà convaincus. Il est dès lors fondamental de continuer à investir massivement dans tout ce qui nous rassemble – la culture, les médias, l’école – et nous permet de dépasser les replis identitaires et sécuritaires.