À Gand, le projet Leefstraat voit les habitants d’une rue reprendre possession de celle-ci et y organiser rencontres et activités resserrant les liens sociaux. À Naples, Acqua Bene Comune, société s’occupant de la distribution publique de l’eau, est gérée par les citoyens. À Bruxelles, les Community Land Trust permettent à des personnes et des familles à bas revenus de devenir propriétaires. Ces trois initiatives, apparemment éloignées les unes des autres, partagent les mêmes principes d’action citoyenne : celles des Communs.

Pourquoi les Communs doivent-ils être un nouveau modèle à valoriser et à soutenir publiquement ? Cette réponse est simple et se base sur un constat clair. En Belgique comme en Europe, les mouvements qui réinventent le projet démocratique sont de plus en plus nombreux. Ces mouvements laissent plus de place aux citoyens et aux initiatives locales qui en émanent. Renouant avec des collectifs ayant existé pendant plusieurs siècles sur notre continent, ces initiatives démontrent qu’il est possible de sortir par le haut de la crise démocratique qui nous frappe. Nous assistons, depuis près de dix ans, à un décuplement de ces initiatives citoyennes qui créent de nouvelles formes de participation et d’action, aussi bien sociales qu’économiques et écologiques.

Les choses bougent, mais elles restent encore trop souvent isolées. Les élections communales à venir ouvrent donc un espace pour un débat sur ces initiatives qui changent petit à petit notre société. Que permettent les Communs ? Déjà de soutenir la démocratie locale, en donnant un réel espace d’action politique à ces mouvements qui font leurs preuves. À Barcelone, la majorité communale, composée d’écologistes, a comme projet d’intégrer les citoyens dans les compagnies publiques qui fournissent eau, gaz et électricité.

Ensuite, les Communs participent à la cohésion sociale et à la lutte contre certaines formes d’insécurité. En faisant se rencontrer des citoyens de divers horizons, en les amenant à collaborer ensemble au sein de leur quartier, certaines tensions sociales existantes parviennent à être résolues.

Enfin, les Communs participent à la vie économique locale en soutenant les échanges locaux, que ce soit via la promotion des producteurs en circuits courts ou par la mise en place de structures économiques suivant le modèle des coopératives. À Gand, un « Food Council » fait travailler ensemble producteurs, fournisseurs et consommateurs pour une alimentation à la fois meilleure pour les habitants et pour l’économie locale.

Cette spontanéité des projets citoyens doit être laissée intacte. L’enjeu des pouvoirs publics est moins de vouloir diriger ces initiatives que de favoriser leur éclosion. C’est donc en travaillant sur les verrous à lever que nous souhaitons engager aujourd’hui une réflexion plus vaste sur la manière dont ces espaces d’action et de codécision peuvent être ouverts. Le système de décision de notre société fonctionne encore trop souvent de manière verticale : nous imposons les projets, de haut en bas, en ne permettant qu’à de trop rares moments une consultation citoyenne qui apparaît plus comme un argument rhétorique que comme un réel moyen de faire participer les premiers concernés. Ce à quoi nous aspirons, grâce aux Communs, est de transformer cette verticalité en horizontalité. En intégrant dès le départ les usagers dans les processus de consultation, de décision et de suivi, nous ouvrons un nouvel horizon qui permet de mieux dépasser les tensions et de rendre autonomes des citoyens qui se considèrent encore trop souvent laissés sur le côté. Ces modes d’action contribuent d’ailleurs à redonner plus de confiance envers la politique traditionnelle. Les quelques exemples existants à l’étranger démontrent qu’en travaillant en commun, élus et citoyens parviennent à briser méfiance voire ressentiment et à mieux comprendre à la fois les défis posés au quotidien et les impératifs liés à la négociation et au consensus chers à la vie démocratique. Ces objectifs sont importants aux yeux des écologistes. Ils permettent de refonder la politique suivant son sens premier, c’est à dire celui de la communauté des citoyens libres et autonomes. Ils permettent aussi, en contribuant chacun à la prise de décision, de mettre en avant ce qui nous rassemble plutôt que ce qui nous divise.

Les communes peuvent être le tremplin d’une transformation de la vie sociale, économique et politique. Il faut cependant qu’il y ait une réappropriation par ses habitants. Ceux-ci sont les plus grands experts de leur quartier. Cette réappropriation doit passer par l’écoute et la confiance des autorités publiques, réceptives à ces nouvelles formes d’action. L’ambition de tous doit donc être celle d’élargir la participation citoyenne. Face à la crise de la gouvernance qui nous traverse, le projet des Communs représente une alternative à la fois positive et qui a démontré de son efficacité. Ce modèle alternatif, qui nous fait passer dans un nouveau monde, doit être celui de l’audace et de la confiance. Alors que la campagne pour les élections communales s’ouvre, ce nouveau moyen d’organiser la vie et la gestion de nos sociétés représente une nouvelle voie à engager.

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