Sur la question de la politique migratoire, les débats sont vifs, parfois même douloureux. Les réactionnaires et l’extrême-droite européenne ont longtemps occupé le terrain et tentent d’imposer leurs agendas, de telle sorte que le repli sur soi semble être la seule réponse à une question pourtant complexe.

Heureusement, l’opinion publique est bien plus nuancée. En Belgique, ces derniers mois, nombreux sont ceux qui ont refusé les discours politiques populistes, qui attisent les peurs. Nombreux sont ceux aussi qui se sont engagés, quotidiennement, pour accueillir des migrants. Et leurs élans de solidarité et de générosité nous prouvent à tou·te·s que la bienveillance peut primer sur les préjugés.

Jean et Béatrice Goossens habitent Wavre, dans le Brabant wallon. Ils font partie de ces milliers de belges qui ont décidé d’héberger des migrants du parc Maximilien chez eux : « La première fois, c’était le 28 décembre 2017. On avait de la place chez nous et on voyait des gens crever de froid au parc Maximilien. Alors, on n’a pas hésité longtemps : ils étaient trois, tous éthiopiens. Ils voulaient rejoindre l’Angleterre. On devait les héberger pour une nuit, mais finalement ils sont restés quelques jours. Depuis un peu plus d’un an maintenant, au total, on doit en avoir accueilli une soixantaine. On leur offre juste un espace où ils peuvent se poser. Retrouver un peu de sérénité, se nourrir mentalement, sortir de la peur d’être en permanence poursuivis, chassés. »

Un acte qui peut être évident pour certain·e·s, mais qui fait peur à beaucoup d’autres. Jean abonde, mais nuance fortement : « C’est vrai. Mais les gars qui arrivent ont beaucoup plus peur que nous finalement. Nous, on est dans un milieu qu’on connaît. Eux, ils sont sur les routes depuis des mois, voire plus, et ils ont vécu de nombreux dangers. Ils sont souvent épuisés. Je me souviens d’un gars qui était littéralement porté par ses amis. On lui a retiré ses chaussures, on l’a couché, il a dormi presque 36h. Certains sont vraiment défaits, on dirait presque des zombies. Ils ont faim, ils ont froid, ils sont exténués d’avoir couru de camions en camions, de parkings en parkings, … Certains sont très déprimés aussi. On accueille quelques-uns d’entre eux plusieurs fois, et on en voit parfois maigrir à vue d’oeil ».

La migration a toujours existé. Depuis la naissance de l’humanité, l’homme est un migrant. Au cours de l’Histoire, ce sont des centaines de millions de personnes qui ont quitté leur pays pour se donner les chances d’une vie meilleure. Chez nous, des centaines de milliers d’immigrés ont contribué à la prospérité de la Belgique et ont enrichi notre culture. C’est un pluralisme qui fait aujourd’hui la richesse de notre pays. Parce que la diversité contribue à la résilience de notre société : c’est un moteur de créativité et d’innovation. C’est une richesse indiscutable qui, pourtant, aujourd’hui, est remise en question.

Le gouvernement Michel est tombé sur le fameux Pacte de l’ONU sur les migrations que la N-VA a refusé de ratifier. Un pacte dont la seule ambition était pourtant de fixer quelques principes très élémentaires pour traiter des migrations.

Or, la migration risque d’être une question persistante si on regarde la croissance des inégalités au niveau mondial, la persistance de régimes corrompus et de conflits locaux, ou le réchauffement climatique. Mais aujourd’hui, son organisation, que ce soit au niveau national ou européen, reste chaotique.

En transit

« La plupart d’entre eux ne sont que de passage, en route pour l’Angleterre. Quand bien même certains voudraient demander l’asile pour rester en Belgique, ils savent qu’avec les règles actuelles, ils seront renvoyés en Italie où ils ont foulé l’Europe pour la première fois. Et vu la situation politique en Italie, c’est encore plus impensable pour eux ». Quand on lui pose la question de l’illégalité de sa démarche, Jean répond très simplement : « L’humanité passe avant la légalité. Je ne suis pas inquiet. Et si un jour je devais avoir des ennuis, j’assumerai. On ne fraude pas le fisc, on ne vole pas les gens, on ne les bat pas : on accueille chez nous des gens qui viennent de pays dictatoriaux ou en guerre ! Ils ont quitté leur pays parfois à 15 ans… Imaginez vos gosses à 15 ans obligés de prendre la route ! De traverser des pays hostiles sur des milliers de kilomètres ! »

Car la réalité de la migration aujourd’hui, ce sont surtout des camps de survie en Grèce, où croupissent des milliers de gens en attente. Ce sont d’horribles violations des droits de l’Homme pendant le passage en Libye. Ce sont des actes racistes en Italie ou en Allemagne. C’est un business sinistre de passeurs sans pitié. Ce sont des enfants enfermés, près de chez nous, à Zaventem.

Et Jean de conclure : « Il y a quelques mois, j’ai été avec un migrant chez ma vieille maman de 92 ans. Il lui a expliqué son périple et elle lui a raconté en retour qu’en 1942, elle avait dû, avec sa mère et son frère, quitter la Belgique avec un simple petit sac. Pour aller en France, dormir sur la route, dans des granges, jusqu’à Toulouse, en zone libre. Une complicité entre eux deux s’est créée en quelques instants. C’était extraordinaire. Beaucoup de nos hommes et femmes politiques ont oublié qu’il y a 70 ans, la moitié de la Belgique est aussi partie sur les routes. »

La migration est un phénomène mondial, qui a toujours existé. Et il est fondamental de la repenser et de l’organiser, loin des clichés, des peurs et des idées préconçues alimentées par les populistes et l’extrême-droite. Une migration organisée – du voyage à l’accueil, jusqu’à l’intégration -, ce serait une richesse pour nos sociétés. Et il est urgent d’en prendre conscience.

 

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