La Belgique compte parmi les pays où les inégalités scolaires sont les plus marquées. Entre la réalité des chiffres et celle véhiculée par notre imaginaire collectif, il y malheureusement un monde de différences. Aujourd’hui, très clairement, notre enseignement reproduit les inégalités plutôt qu’il ne les réduit. Pourtant, il n’y a pas de fatalité. Face à l’égalité scolaire, en effet, tous les pays ne sont pas… égaux. Et des formules existent pour faire, de toutes les écoles, de « bonnes » écoles.


Quand on regarde les chiffres en Belgique, le lien entre le niveau d’étude et l’origine sociale de l’élève est très fort. Un chiffre parmi tant d’autres : 20,5% des personnes diplômées du supérieur ont au moins un parent exerçant un métier dit qualifié, alors que c’est le cas pour seulement 1,8% des individus qui n’ont pas fini le secondaire ! Selon l’OCDE, à l’âge de 8-10 ans, les élèves dits les plus « faibles » ont accumulé cinq années de retard sur leurs camarades. Un gouffre qui devient déjà quasiment impossible à combler ! Un gouffre qui place notre pays parmi ceux qui autorisent les plus grandes inégalités scolaires.

L’inégalité n’est pas une fatalité

Et pourtant, il est trop facile de conclure que les inégalités dans l’éducation sont le simple reflet des inégalités qui existent dans la société : « Si, hélas, il y a partout dans le monde un lien entre les résultats scolaires et le niveau socio-économique familial, cette relation n’est pas une fatalité. Il y a des systèmes scolaires qui sont bien meilleurs que le nôtre», analyse la députée verte Barbara Trachte.

L’inégalité scolaire plonge notre système éducatif dans une spirale négative. Décrochage et ennui affirmé des élèves, désarroi des profs, frustration des parents,… Autant de signaux forts qui montrent la nécessaire transition de notre système éducatif. « Une école en transition, c’est tout le contraire d’une réforme de l’enseignement. Que ce soit dans ses objectifs, dans sa méthode et dans ses résultats », précise Barbara Trachte.

La transition comme solution

Sans vouloir caricaturer à l’excès : les réformes, l’école connaît. Tous les 10 ou 15 ans, des experts venus de différents horizons réinventent l’enseignement de demain. L’ambition est louable et il est évident que de par sa nature même, l’école se doit d’évoluer avec la société. Néanmoins, on peut reprocher à ces grandes réformes de laisser sur le côté parents, enseignants et élèves. C’est en cela que la notion de transition prend tout sa pertinence. Notre système pédagogique peut se rénover depuis la base et ses acteurs en fonction des besoins, des dynamismes et des initiatives concrètes. L’enseignement a besoin d’air. C’est une évidence ! Mais c’est sur le terrain et par des initiatives locales et partagées qu’il trouvera son nouveau souffle.

Un des nombreux avantages de la transition, c’est la culture du partage. Partage de pratiques, d’outils, d’expériences, … elle s’inspire des autres et les enrichit en même temps. Elle ne s’offusque pas d’apprendre tous les jours et valorise, autant qu’elle favorise, les idées originales. Elle ne s’épuise pas à ré-inventer ce qui existe déjà. Surtout, la transition pratique la coopération plutôt que la compétition.

C’est en relayant des projets pensés et choisis par les acteurs de terrain (les enseignants, les parents et les enfants eux-mêmes), en fonction de leur réalité, que l’école répondra à ses objectifs prioritaires : offrir à chaque enfant la possibilité de se créer, se construire et d’ouvrir ses horizons.

UNE autre école ?

Depuis quelques années, les initiatives visant à créer une autre école se développent. Existerait-il donc « une » autre école possible ? Assurément, non. L’école est une ressource plurielle où des systèmes, des projets, des pédagogies peuvent se développer et s’adapter aux espaces géographiques, économiques et sociaux dans lesquels l’établissement s’intègre.

La volonté d’une école de tenter la remédiation immédiate, l’idée d’une autre de proposer des classes uniques, la création de temps de lecture, la réorganisation d’une cours de récréation, la création d’espaces de parole sont autant d’initiatives très différentes qui doivent être soutenues. Et il en existe bien d’autres.

Parce que la question n’est pas tant de savoir quelle est LA bonne méthode pédagogique mais comment remettre l’école dans un mouvement créatif, aux mains de ses enseignants ?

Comment faire en sorte que les acteurs de l’école puissent adapter leurs pratiques en fonction de leurs réalités locales? Comment en finir avec un système où la concurrence creuse les écarts et prive trop d’enfants d’un enseignement serein et de qualité ? Comment mettre les enfants au centre des priorités et des apprentissages ? Comment les impliquer dans leur parcours scolaire ? Et comment en faire des acteurs de leur futur ?

Assurément, avec un soutien des pouvoirs publics à la diversité pédagogique de ses enseignants.

Cinq lignes de force pour une transition pédagogique

  1. Plus de coopération entre élèves, entre profs et élèves, entre profs, avec l’extérieur… C’est bien plus efficace que la compétition.
  2. Un meilleur environnement d’apprentissage (bruit, sanitaires, accès à la nature, qualité de l’air, cantine de qualité…) : l’influence sur la réussite des élèves et leurs capacités cognitives est significative !
  3. Une revalorisation du “jardin d’enfants”, car c’est dans les premières années que tout se joue.
  4. Un meilleur respect des rythmes des enfants pour les mettre dans de bonnes conditions d’apprentissage.
  5.  S’appuyer sur la transition numérique, qui bouleverse le rapport de l’être humain au savoir, avec ses risques mais aussi de formidables potentialités dont certaines écoles se sont déjà saisies.

L’École buissonnière, futur éco-lieu bienveillant

Un projet d’école innovant pour les maternelles et primaires est en cours de création à Wauthier-Braine : l’Ecole buissonnière. Tout indique que la première rentrée pourra se faire dès septembre 2019 avec, pour commencer, une première classe de maternelle pour les 3 à 5 ans, et de primaire pour les 6 à 8 ans.

Des âges mélangés ? Oui, vous avez bien lu. C’est l’une des spécificités de cette école qui inscrit la bienveillance dans ses valeurs phares, aux côtés de l’éco-responsabilité. Les fondateurs entendent créer des classes multi-âges et verticales, qui favorisent l’apprentissage par la coopération plutôt que par la compétition entre les enfants.

L’École buissonnière sera une école à pédagogieS activeS. Pour ses fondateurs, les courants de pédagogie active s’enrichissent les uns les autres.

Plus d’info ? Vous pouvez suivre l’actualité de l’École buissonnière sur Facebook.

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