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Economie et emploi : Very bad TTIP ?

4 juillet 2016
Economie et emploi : Very bad TTIP ?

Ce faisant, il représente un risque important pour l’environnement, pour le droit du travail, et pour la démocratie. Ces craintes ont été relayées par de nombreux citoyens et associations à travers l’Europe, qui se sont mobilisés contre ce projet de traité.

En face, l’argument principal des partisans du TTIP est celui de la croissance, des bénéfices escomptés pour l’emploi et l’économie. Mais est-ce que cet argument tient la route ?

Les chiffres de la Commission

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Attardons-nous d’abord sur les chiffres mis en avant par la Commission européenne :

La Commission affirmait, en 2013, que la mise en place du TTIP permettrait d’atteindre une croissance supplémentaire de 0,5 % du PIB entre 2015 et 2025. Il est tout d’abord légitime de s’étonner de l’ordre de grandeur assez faible de ce chiffre : +0,5 % du PIB en 10 ans, c’est… un peu plus de 0,04 % de croissance du PIB par an. Lorsque la contestation a grandi, vu le faible impact économique envisagé, la Commission elle-même n’a plus mentionné ces chiffres, et s’est contentée d’affirmer que l’impact serait positif pour l’économie, l’emploi et la croissance.

Mais l’étude sur laquelle la Commission se basait régulièrement, intitulée « Reducing Transatlantic Barriers to Trade and Investment » pose question. La Commission affirme qu’il s’agit d’une étude indépendante. En fait, elle a été réalisée par le Centre for Economic Policy Research, basé à Londres, et dont l’objectivité est sujette à caution. En effet, son fondateur et Président actuel, Richard Portes, fait partie des conseillers économiques du Président de la Commission européenne. Le Président précédent, Guillermo de la Dehesa, fait partie des cadres de Goldman Sachs. Et le CEPR est financé aux deux tiers par le secteur de la finance, et également par la Banque centrale européenne.

Ensuite, le modèle « d’équilibre général calculable » sur lequel le CEPR se base, tout comme d’autres études citées par la Commission (1), est loin d’être la panacée. Comme le déclare Nicolas Van Nuffel, du CNCD : « les failles de ce modèle, qui date des années 80, ont été démontrées à de nombreuses reprises, y compris par certains des plus grands économistes mondiaux. Il part en effet d’un a priori de plein emploi et d’allocation optimale des ressources. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il s’applique difficilement à l’Union européenne aujourd’hui » (2).

Une nouvelle étude est parue en janvier 2016. Commandée par la Chambre de commerce américaine, et intitulée « TTIP and the EU Member States: An assessment of the economic impact of an ambitious Transatlantic Trade and Investment Partnership at the EU Member State level », elle a été réalisée par divers professeurs d’université, regroupés au sein du « World Trade Institute ». De façon assez étonnante, cette étude se base sur la même méthodologie et les mêmes hypothèses que l’étude du CEPR, et aboutit logiquement aux mêmes résultats. Si ce n’est qu’elle postule désormais une croissance de 0,5 % du PIB en 14 ans et non plus en 10 ans. A peu près 0,035 % de croissance du PIB par an.

Une étude alternative pointe des centaines de milliers de destructions d’emplois

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Une étude dirigée par Jeronim Capaldo, de l’Université Tufts dans le Masachussets, est arrivée à une conclusion diamétralement opposée en termes de bénéfices pour l’économie et l’emploi. Sur base d’un modèle plus récent, le « Global policy model », élaboré par les Nations-Unies, il évalue à près de 600 000 (583 000) la destruction nette d’emplois qui résulterait de la conclusion du TTIP en Europe.1

L’expérience du Traité ALENA sur l’emploi

La critique adressée par les promoteurs du TTIP, contre ces chiffres, est qu’ils ne seraient pas conforme à la réalité. Rien ne vaut donc la comparaison avec un système déjà en place, à savoir celui de l’ALENA. L’Accord de Libre Echange Nord Américain (ALENA) est un accord de libre-échange similaire au TTIP qui lie les Etats-Unis, le Canada et le Mexique, et qui a été conclu en 1993.

L’Economic Policy Institute, un think tank lié aux syndicats américains, a évalué à 900 000 la perte d’emplois nette aux Etats-Unis liée à l’ALENA. Même si l’ensemble de ces pertes d’emplois ne peut être attribué uniquement à l’ALENA, la Confédération Nationale des Paysans mexicains indique que le Mexique a vu le nombre d’emplois dans l’agriculture diminuer de 5 millions d’unités depuis 1993.,. 500 000 emplois ont été créés en parallèle dans les « maquileras », des ateliers offrant des salaires très bas, et des conditions de travail extrêmement difficiles.

Signalons que sur cette période, le PIB de ces Etats, (USA, Canada et Mexique), a augmenté, tout comme les bénéfices des multinationales. Dans ce cas, il y a bel et bien eu croissance du PIB, mais destruction d’emplois, une répartition doublement injuste des profits.

Conséquences en Belgique

Sur base d’échanges avec Jeronim Capaldo, nous avons évalué l’impact du TTIP en Belgique.

Vu la complexité des paramètres et calculs, le modèle sur lequel se base ce chercheur, ne prend en compte que des pays d’importance économique majeure, ou des groupes de pays plus petits. Au vu de ses caractéristiques économiques similaires, la Belgique figure dans l’un de ces groupes, aux côtés de la Finlande et des Pays-Bas (tissus industriels proches, poids particulièrement important des importations et exportations caractérisant une grande ouverture,…). Dans cette étude, le groupe dont fait partie la Belgique serait particulièrement touché, avec 223 000 emplois détruits.

En se basant sur le PIB et la population, le Belgique représente 33 % du groupe en question, ce qui, en simplifiant fortement, aboutirait à une destruction nette d’emplois pour notre pays de 75 000 unités. D’une part, le calcul est biaisé par la situation du Port d’Anvers, qui augmente artificiellement les chiffres d’importation et d’exportation de notre pays, mais d’autre part, notre économie reste très ouverte et dépend donc fortement des exportations. Celles-ci pourraient diminuer au profit d’importation provenant de multinationales américaines favorisées par le TTIP. Dès lors, nous estimons qu’entre 10 000 emplois (estimation minimaliste) et 50 000 emplois (estimation haute) pourraient être détruits en raison du TTIP.

factsheet_ttip.pdf

(1) Ecorys (2009), CEPII (2013) Bertelsmann/ifo (2013)
(2) Carte blanche dans l’Echo, 2 décembre 2014.