Le scandale Veviba ouvre la boite noire de l’industrie de la viande. Et nous en rappelle les dérives et les limites du système agro-alimentaire. Depuis 40 ans, les écologistes agissent pour une transition de notre alimentation, de la fourche à la fourchette et (re)construire des systèmes alimentaires durables reliant saveurs, santé, respect de l’environnement et ancrage local.

En 300 avant J-C, Hippocrate déclarait: “Que ta nourriture soit ton médicament et que ton médicament soit dans ta nourriture“. Un principe oublié par les États de l’Union européenne, qui dépensent seulement 3 % de leur budget de santé à la prévention, contre 80 % consacrés au traitement des maladies. Un vrai paradoxe.

Manger à devoir s’en soigner

Alors que lindustrie agroalimentaire propose des prix toujours plus bas pour attirer les consommateurs, et consacre des montants astronomiques à la publicité (360 millions d’euros en 2015 pour la seule publicité télévisée en Belgique), les coûts environnementaux et sanitaires de l’alimentation ont un impact croissant sur le budget des États et des citoyens.

Prenons le problème de l’obésité. Son augmentation est particulièrement préoccupante, puisque dans notre pays, 16% de la population en souffre. Or, le traitement des pathologies liées à l’obésité représente 6% du budget de l’INAMI, soit 216 euros par an, par personne.

Autre exemple, les perturbateurs endocriniens présents dans l’alimentation – en raison des pesticides utilisés dans l’agriculture conventionnelle, des emballages, des hormones de croissance dans l’élevage industriel, ou des conservateurs – coûtent 217 milliards d’euros par an aux pays de l’Union européenne, soit 428 euros par an et par personne.

Des chiffres qui donnent à réfléchir. « C’est tout notre système agro-alimentaire qu’il faut changer », explique le Coprésident d’ECOLO Patrick Dupriez. « Nous voulons que la logique économique ne privilégie plus la rentabilité de quelques-uns et la course au prix bas, mais bien la pertinence d’un système durable, la juste rémunération des paysans, le respect de la terre et de la santé des consommateurs, des saveurs et de notre patrimoine gastronomique », poursuit-il.

Soigner ce que l’on mange

Selon des enquêtes de consommation, les dépenses des ménages wallons pour les produits alimentaires “bio” ont augmenté de 17 % depuis 2014. La demande en produits alimentaires “bio” a le vent en poupe. Les agriculteurs qui travaillent en bio sont motivés par la qualité de leurs produits, l’indépendance retrouvée et le réseau de réflexion qu’ils ont installé avec leurs collègues. Désormais, deux Belges sur trois consomment des produits biologiques. La demande du consommateur est devenue supérieure à l’offre de production. Les agriculteurs sont de plus en plus nombreux à convertir leur exploitation en production biologique. Au 31 décembre 2016, la Wallonie comptait 1.493 fermes certifiées bio, soit plus d’une ferme sur 9. La production bio s’accompagne aussi d’une recherche d’indépendance en ce qui concerne les semences.

La dernière réforme du secteur biologique, fruit d’une longue négociation au niveau européen, représente toutefois des risques par rapport à la situation du secteur en Wallonie, qui est fortement protégé. Ces nouvelles normes auraient pour conséquence de nous empêcher d’écarter des produits certifiés par d’autres États membres alors même qu’ils seraient contaminés par des pesticides.

En même temps la grande distribution lorgne de plus en plus sur les nouvelles parts de marché que représente le bio et le menace par une pression à la baisse sur les prix et une accentuation des importations à bas coûts.

Le bio est donc à un tournant qui impose une mobilisation politique et citoyenne forte pour renforcer une agriculture propre, proche de la terre, des produits, des producteurs et des consommateurs.

Tous les chemins mènent aux circuits courts

Le circuit court permet aux agriculteurs une meilleure maîtrise des débouchés commerciaux de sa production, mais également des prix de vente. Il représente également des avantages environnementaux (réduction des transports, réductions des emballages, etc.). Enfin, les circuits courts, comme la production biologique, sont plus intensifs en main d’œuvre.

La relocalisation de la production et de la transformation alimentaire sur nos territoires représentent un volet stratégique d’importance cruciale pour la transition vers des systèmes alimentaires durables. Si depuis quelques années, le concept et la pratique de circuits courts se déploient sur le terrain, le soutien politique à cette filière doit être accentué pour que ces filières de proximité puissent rencontrer un public plus large.

Généraliser les bonnes pratiques dès la petite enfance

Les cuisines de collectivité, et en particulier les cantines scolaires, peuvent constituer un levier important de transformation des habitudes alimentaires et de soutien à l’économie locale. Les écologistes proposent d’offrir dans l’ensemble des cantines scolaires de la Fédération Wallonie-Bruxelles l’accès à des repas biologiques, locaux et issus des circuits courts, ainsi qu’une alternative végétarienne quotidienne. L’expérience montre que c’est un objectif atteignable sans impact majeur sur les prix.

L’Observatoire de la restauration collective bio et durable relève en effet que le coût des matières n’entre en compte que pour 25 % du prix de revient des repas. Or, le passage au bio s’accompagne souvent d’action qui vont de la lutte au gaspillage, au changement d’approvisionnement, à des techniques de cuisine et adaptations des menus. Le résultat ? Dans certaines villes, comme Salon-de-Provence, le coût par repas baisse même à mesure que la part de bio augmente. Il est passé ainsi de 2,08 € à 1,78 € entre 2013 et 2017.

Sortir d’un pilotage à court terme de notre agriculture et de notre alimentation est non seulement possible (voir encadré), mais c’est même une obligation sanitaire, sociale et environnementale. Pour ce faire, il faut prendre en considération l’ensemble de la chaîne alimentaire, et pas uniquement le prix de fabrication des aliments. Heureusement, les mentalités et les pratiques évoluent. Le bio se développe chaque jour un peu plus. Les filières courtes ont le vent en poupe. C’est une question de bon sens… et de bon goût !

Lire la proposition complète ici

Intervenants extérieurs: Arabelle Meirlaen, cheffe / Sybille Mertens, Professeure d’entrepreneuriat social et coopératif à HEC Liège / Malika Hamza, consultante en alimentation, Innovative Cuisine / Catherine Rousseau, experte en alimentation durable et éleveuse / Philippe Baret, Doyen de la faculté de bio-ingénieurs de l’UCL / Daniel Wathelet, conseiller communal à Liège et président de l’International Urban Food Network / Olivier de Schutter, co-président du Panel international d’experts sur les systèmes alimentaires durables (IPES-Food) / Hélène Ryckmans, députée ecolo / Cécile Thibault, sénatrice ecolo / Christos Doulkéridis, député ecolo /  Muriel Gerkens, députée ecolo / Patrick Dupriez, co-président d’Ecolo / Caroline Saal, conseillère communale à Liège / Murielle Frenay, militante Ecolo et citoyenne engagée

 

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