Actualités

Actualité

Cyberharcèlement: un harcèlement virtuel à la violence bien réelle

7 mars 2019
Cyberharcèlement: un harcèlement virtuel à la violence bien réelle

Le vendredi 8 mars, c’est la journée de la lutte internationale pour les droits des femmes. Cette année, cette journée sera également marquée par un appel à la grève des femmes, pour attirer une nouvelle fois l’attention sur le fait que l’égalité n’est pas encore une réalité.

Lorsqu’on évoque la question de l’égalité entre les femmes et les hommes, on pense bien sûr aux écarts salariaux, au différentiel concernant le montant des pensions, à la répartition des tâches domestiques et familiales,… Un aspect encore méconnu concerne la présence des femmes sur le Net, et le cyberharcèlement dont elles font l’objet sur les réseaux sociaux lorsqu’elles osent sortir du rang qu’elles sont supposées tenir. S’il arrive aussi aux hommes de faire l’objet de harcèlement en ligne, les femmes sont particulièrement ciblées et font face à des attaques spécifiques. Ce phénomène est connu et documenté, notamment par divers rapports de l’ONU, d’Amnesty ou encore du Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes français.

Pour concrétiser cette réalité, nous avons rencontré la journaliste indépendante Florence Hainaut, victime de cyberharcèlement. Si ces situations restent souvent difficiles à vivre, elle refuse de disparaître des réseaux ou de ne s’exprimer que sur des choses consensuelles.

Lorsqu’on parle du harcèlement, on pense souvent à celui qui se déroule ‘dans la vraie vie’. Le cyberharcèlement, avec son caractère virtuel, est-il considéré à sa juste mesure?

C’est un argument qu’on entend beaucoup: ‘Internet ce n’est pas la vraie vie’. Or, Internet n’est pas un monde parallèle, c’est un medium. L’anonymat, l’instantanéité, le fait d’être seul derrière son écran aident à se lâcher et à dire des choses qu’on n’oserait jamais dire dans ‘la vie réelle’. Mais in fine, ça reste des humains qui disent des horreurs. Et ça, c’est très concret et très réel. La violence est niée mais elle est là.

Niée?

Oui, à cause de cette croyance qu’elle n’est que virtuelle, mais aussi parce que les harceleurs et les insulteurs bénéficient d’un système policier et judiciaire qui leur reste favorable. Un monde qui évolue nécessite des règles et des lois adaptées. C’est au politique à bouger.

Est-ce que le fait d’être une femme est un facteur amplificateur?

Très nettement, oui. C’est une réalité que la plupart des hommes ne vivront sans doute jamais sur Internet: remarques grossières sur le physique, menaces de viol, insultes réduisant la cible à sa dimension sexuelle. Est-ce qu’on demande à un homme qui il a sucé pour réussir? Est-ce qu’on lui dit qu’il n’a qu’à se faire violer par des migrants s’il les aime tant? Non. Les femmes sont très largement violentées sur Internet. Le phénomène est connu et documenté, entre autres par l’ONU et Amnesty. L’objectif de cette violence envers les femmes : les faire taire et les invisibiliser. De façon générale, on constate que les cibles favorites sont les femmes qui s’expriment, celles qui ‘ne restent pas à leur place’. Et si elles cumulent les facteurs de discrimination, c’est pire, elles font alors face, par exemple, à une combinaison de misogynie et de racisme.

Comment enrayer le phénomène?

La réponse doit être politique. Si le politique n’en fait pas une priorité, la police et la justice ne le feront pas, ne fut-ce que parce qu’on ne leur en donnera pas les moyens. Au niveau national, il faudrait, comme ça se fait en Finlande, la mise en place d’une brigade dédiée uniquement à la lutte contre la haine en ligne. Au niveau européen, il faut signifier aux plateformes qu’elles doivent coopérer et agir. L’argument de leur vision toute américaine de la liberté d’expression est un mensonge. La haine et le harcèlement génèrent énormément de trafic. Les plateformes dites sociales ont un intérêt financier au harcèlement en ligne. D’autre part, la Belgique a signé la convention, contraignante, d’Istanbul qui vise à prévenir et lutter contre toutes les formes de violence à l’égard des femmes. On sait que le cyberharcèlement contre les femmes est quelque chose de systémique.

On connaît les effets terribles qu’il peut avoir sur la santé (angoisse, dépression, syndrome post traumatique).

Il serait temps de le traiter enfin avec tout le sérieux qu’il mérite, non ?

Pour Ecolo, le phénomène de cyberharcèlement doit être reconnu et enrayé. Si le numérique et les réseaux sociaux font partie intégrante de notre monde moderne, l’éducation à leur fonctionnement et à leur impact est encore trop peu présente. A cet égard, les écologistes souhaiteraient que soient intégrées aux cours de citoyenneté les questions relatives aux comportements sur les réseaux sociaux. « De la même façon que nous, adultes, enseignons aux enfants la politesse et le respect de l’autre dans ‘la vraie vie’, il est fondamental que ces codes soient également déclinés dans ‘le monde virtuel’. Cet apprentissage a toute sa place dans les cours de citoyenneté », commentent les coprésidents d’Ecolo Zakia Khattabi et Jean-Marc Nollet.

En dehors de cette dimension tournée vers les jeunes et la prévention, que faire des personnes qui sévissent sur les réseaux sociaux qui sont, eux, des adultes ? « Il s’agit de violences à l’encontre des femmes. Il existe des lois pour ça. Nous rejoignons les propos tenus par Florence Hainaut dans son interview, lorsqu’elle dit que les plateformes doivent collaborer pour mettre fin à l’impunité qui court sur les réseaux, notamment rendue possible par l’anonymat qui y est permis.

Nous voulons également permettre à la police et à la justice d’accompagner les victimes de violences ‘virtuelles’, notamment via la loi contre le sexisme et le harcèlement de rue, qui pourrait parfaitement recouvrir ces réalités. Le harcèlement ‘virtuel’ sexiste est une expérience collective dont l’origine est identique à celui de la ‘vraie vie’, c’est-à-dire l’idée que les femmes ont une place à tenir. On ne changera pas tout dès demain. Mais le fait que la parole se libère et que les débats sur ces questions se multiplient sont déjà des pas importants dans la bonne direction », concluent les coprésidents d’Ecolo.

La cyberviolence en quelques chiffres :

  • 73 % des femmes déclarent avoir été victimes de violences sur internet (chiffres : ONU)

  • Sur 4000 femmes dans 8 pays, 76 % de celles ayant déclaré avoir subi des violences ou du harcèlement sur un réseau social ont modifié la manière d’utiliser ces plateformes (chiffres : Amnesty)