Climat – Énergie

  • Proposition 1

    Adopter une « Loi climat » définissant une trajectoire et des actions - dont un budget carbone - permettant à la Belgique de se mettre en phase avec l’objectif d’une réduction des émissions de GES de minimum 55% en 2030 et de minimum 95% en 2050 par rapport à 1990.

  • Proposition 2

    Adopter des objectifs contraignants pour l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables, en ligne avec 55% de réduction des GES d’ici 2030 ainsi qu’avec l’objectif de limiter la hausse de la température à 1,5 C°.

  • Proposition 3

    Bâtir une Alliance Emploi Environnement « isolation » faisant des citoyens, des entreprises et des associations les partenaires privilégiés afin de généraliser l’isolation des maisons et bâtiments et la création d’emplois verts qui y sont liés.

  • Proposition 4

    Bâtir une Alliance Emploi Environnement « énergies renouvelables » faisant des citoyens, des entreprises et des asso-ciations les partenaires privilégiés afin de soutenir le développement accéléré des énergies renouvelables (en excluant le recours à l’importation d’huile de soja ou de palme pour les agrocarburants) et la création d’emplois verts qui y sont liés.

  • Proposition 5

    Étendre le principe du « signal prix » qui permet d’internaliser progressivement le coût des dégâts environnementaux, notamment en rendant le train moins cher que l’avion et en taxant le kérosène.

  • Proposition 6

    Diminuer la TVA sur les investissements dans les économies d’énergie de 21 à 6%.

  • Proposition 7

    Identifier l’ensemble des surfaces publiques bien orientées et les équiper graduellement en panneaux solaires sur une période de 6 ans.

  • Proposition 8

    Implémenter une nouvelle zone éolienne offshore de 2300 MW dans la zone belge de la mer du Nord.

  • Proposition 9

    Développer des projets pilotes d’autoconsommation collective d’énergie renouvelable et des coopératives de production d’énergie renouvelable et d’efficacité énergétique.

  • Proposition 10

    Soutenir les coopératives et les projets de transition à participation citoyenne par un fonds de financement de 200 millions d’euros alimenté par les émetteurs de GES.

  • Proposition 11

    Fermer les centrales nucléaires sans plus aucune prolongation de durée de vie. Doel 3 sera donc fermée au plus tard en 2022, Tihange 2 au plus tard en 2023, Doel 1, 2 et 4 et Tihange 1 et 3 au plus tard en 2025.

  • Proposition 12

    Appliquer le principe pollueur-payeur au secteur du nucléaire : l’entièreté des coûts de démantèlement des centrales et de gestion des déchets doit être à charge des seuls producteurs. Une responsabilité civile illimitée du secteur nucléaire sera par ailleurs introduite.

  • Proposition 13

    Désinvestir des énergies fossiles en priorité par une réorientation rapide de l’ensemble des fonds de pension publics vers des investissements durables, une incitation des autres fonds de pension à faire de même, et un reporting public des fonds d’investissement cotés en Bourse.

Objectif 100% renouvelable

Alors qu’aux quatre coins de la planète la transition énergétique bat son plein, la Belgique semble faire du sur-place. Pendant 5 ans, le Gouvernement MR-NVA a soufflé le chaud et le froid sur la sortie du nucléaire et, ce faisant, envoyé un signal ambigu à tous ceux qui cherchent à investir dans les énergies vertes. Pourtant, un scénario 100% énergies renouvelables est possible et nécessaire dans notre combat contre le dérèglement climatique. Explications.

Alors que, jusqu’à la première moitié du 18e siècle, le bois était la principale source d’énergie, la découverte de la machine à vapeur – et des réserves de charbon – a donné à l’humanité la fausse impression de disposer d’une énergie inépuisable. Cette foi inébranlable dans l’énergie fossile a commencé à vaciller à Kyoto, lorsque 180 pays ont signé un protocole par lequel ils se sont donnés des objectifs de réduction des gaz à effet de serre.

L’accès lʼénergie est la question économique, sociale et environnementale de ce siècle. Depuis lʼessor du charbon et de la vapeur, lʼénergie est au cœur des enjeux de développement et de prospérité. Mais aujourd’hui, nous sommes confrontés à cinq défis majeurs : la lutte contre le réchauffement climatique, lʼaccès équitable à lʼénergie, la maîtrise de son coût, la sortie du nucléaire et la diminution de la disponibilité du gaz et du pétrole.

Dʼune société basée sur la combustion des énergies carbonées que sont principalement le charbon, le gaz et le pétrole (des sources disponibles mais limitées et très polluantes), le monde est aujourd’hui en train de se tourner vers l’utilisation d’énergies propres, gratuites et infinies comme le vent et le soleil, principalement mais aussi, par exemple, la force motrice des marées ou des cours d’eau. En réalité, si on y prête attention, lʼénergie propre est partout autour de nous.

Dans certains pays comme le Danemark, le Paraguay ou lʼIslande, la part d’énergie renouvelable dans la production d’électricité atteint déjà ponctuellement les 100%. Ces pays polluent peu, consomment lʼénergie avec sobriété et sont indépendants des pays producteurs de pétrole. Bref, ils sont résilients. Et ils nous montrent que le chemin vers le 100% renouvelable est déjà une réalité.

En Belgique, la part du renouvelable reste faible. Autrement dit, les marges de progression sont très importantes. Une société autonome énergétiquement, construite autour dʼun vaste réseau d’énergies renouvelables, c’est possible. Respectant l’environnement et le climat, elle offrirait par ailleurs de nombreux emplois, non délocalisables, et permettrait à terme des économies financières substantielles. C’est une certitude.

Une stratégie énergétique en trois axes

Aujourd’hui, en Belgique, nous devons sortir de l’immobilisme et booster les énergies vertes. Comment faire ?

  1. L’isolation

Tout d’abord, et c’est une évidence, la meilleure énergie, c’est celle qu’on ne consomme pas. Or, la majorité des bâtiments en Belgique est peu – voire très mal – isolée. Bref, l’énergie s’échappe de partout. Une première étape indispensable, c’est donc de lutter contre le gaspillage énergétique, en renforçant l’isolation des bâtiments : maisons, appartements, bâtiments publics… Isoler le bâti créera une activité économique importante, et réduira les gaspillages. C’est bon pour l’emploi, pour le portefeuille et pour la planète.

  1. La production à domicile et la production communautaire

Il est aujourd’hui possible pour un logement bien isolé, d’être « énergétiquement autonome », c’est-à-dire de produire toute l’énergie dont

il a besoin. Des projets de logements à haute performance énergétique, « passifs », voire « zéro énergie » se développent de plus en plus, dans la construction neuve comme dans la rénovation. Les techniques et les coûts sont de mieux en mieux maîtrisés. Et les pouvoirs publics doivent continuer à soutenir ce type de construction ou de rénovation.

À plus large échelle, des communautés comme des villages ou des bassins de vie peuvent mettre sur pied des unités de production dʼénergie renouvelable, et les mettre en réseau de façon intelligente. Quʼil sʼagisse dʼéolien, de photovoltaïque, de géothermie ou encore d’hydrœlectricité, le champ des possibles des énergies renouvelables sʼaméliore chaque jour.

Enfin, pour les très gros besoins en énergie (comme les besoins industriels par exemple), il sʼagira de mettre en place des unités de production locales et spécialisées.

  1. La sortie du nucléaire

Les centrales nucléaires belges sont en fin de vie. Initialement conçues dans les années 70 pour une durée de vie de trente ans, elles dépasseront finalement toutes les quarante années d’existence. Principalement en raison de la problématique des déchets, les réacteurs ne sont clairement pas la solution « miracle » pour traverser le 21e siècle.

La transition est nécessaire, et il est urgent de mettre en place les moyens de production de demain : les sources d’énergie renouvelable. Une phase intermédiaire de production d’électricité par le gaz sera néanmoins indispensable pour se passer du nucléaire, mais sur du court terme. À moyen terme, le développement du renouvelable et la sobriété énergétique permettront de se passer de ces énergies d’appoint. Et à long terme, une Belgique 100% renouvelable est possible, comme plusieurs études récentes l’ont démontré.

EN AVANT !

Partout dans le monde, la transition énergétique est en marche. On l’ignore souvent, mais désormais, la production mondiale d’électricité renouvlable dépasse la production nucléaire. La baisse soutenue du coût des énergies renouvelables leur assure un avenir déterminant dans le bouquet énergétique mondial. C’est aujourd’hui une évidence : les énergies vertes se développent partout sur la planète et nous promettent un 21e siècle plus vert.

La Belgique doit cesser d’hésiter sur la sortie du nucléaire : notre pays ne peut rater l’opportunité du tournant énergétique mondial. Nous avons les moyens humains, techniques et financiers pour devenir des leaders du renouvelable. Le politique doit être à la hauteur

Le saviez-vous ?

L’Allemagne a décidé de se passer de l’atome. C’est pourtant la première puissance économique européenne et, jusqu’en 2010, l’électricité nucléaire représentait plus de 22% de son mix énergétique. Mais depuis plusieurs années, le virage de la transition énergétique allemande est enclenché avec, d’un côté, une diminution des énergies fossiles et du nucléaire, et de l’autre, le développement massif des énergies renouvelables.

Olivier De Schutter

« Les normes sociales peuvent basculer très vite. »

Olivier De Schutter, 3e sur la liste Europe, est professeur de droit international à UCLouvain. Il a été, entre 2008 et 2014, rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation.

Pollution de l’air, de la terre, de la mer… On a l’impression que l’activité humaine touche à ses limites et que l’on arrive au bout d’un système…

Ces pollutions multiples sont le résultat d’un choix de société qui a privilégié des solutions productivistes et la consommation de masse au détriment de la viabilité des écosystèmes sur lesquels nous et les générations futures nous nous reposons. Mais un ensemble d’intérêts dépend aujourd’hui du système hérité, ce qui lui donne une très grande inertie.

Nous sommes dans une économie mondialisée qui pèse très lourd sur l’environnement. Est-ce que relocaliser l’activité économique est une solution ? N’est-ce pas un retour en arrière ?

La transition ici ne sera possible que si les politiques commerciales s’alignent sur cet objectif, dans un souci de cohérence. Entendue comme l’abaissement des obstacles aux échanges et le développement de chaînes d’approvisionnement longues, la mondialisation a permis aux grands acteurs économiques de segmenter les processus de production en faisant travailler les gens là où la main-d’œuvre est la moins chère, en polluant là où les normes environnementales sont les moins strictes et en déclarant des profits là où le taux d’imposition des sociétés est le plus bas. La mondialisation a donc encouragé le dumping social, environnemental et fiscal. Ceci n’est pas une fatalité. On peut parfaitement faire en sorte que la mondialisation soit celle du développement durable. L’Union Européenne peut par exemple subordonner l’accès de ses marchés au respect de normes sociales et environnementales et favoriser ainsi les Etats qui font le plus pour que leur production soit conforme à ces normes. Ce n’est pas du protectionnisme : c’est au contraire être solidaire des combats conduits par les syndicats et les mouvements sociaux dans les pays qui sont nos partenaires commerciaux. Cela doit se combiner avec une relocalisation de la production là où c’est possible, notamment dans les domaines de l’agriculture et de l’alimentation : dans ce domaine, la distance longue qui s’est installée entre la production et la consommation a des impacts très problématiques sur l’environnement ou la santé.

La transition, c’est donc plus de règles. Mais c’est aussi des changements dans les comportements individuels ?

La transition écologique passe par un changement de mode de vie, par une prise de conscience de ce que chacun peut faire à son échelle dans ses manières de produire et de consommer, de se déplacer, ou de s’alimenter. Non seulement parce que les modes de vie ont une influence majeure sur l’empreinte écologique de chacun, mais aussi en raison du signal que cela envoie aux politiques. En outre, les normes sociales peuvent basculer très vite. Des études récentes montrent que, quand un seuil de 25% de la population commence à changer sa manière de s’alimenter, de se vêtir, de se déplacer, de prendre ses vacances,… cela envoie un message que l’ensemble de la population peut recevoir et qui peut amener, par un effet domino très rapide, un vrai changement sociétal. Je crois très fort, non pas dans la capacité des petits gestes quotidiens de faire la différence, mais dans le rôle que nous avons chacun à encourager la politique et la société à changer. Il faut arrêter d’opposer les deux. Ils sont très complémentaires en fait.

Mais il y a un gros nuage gris : l’urgence climatique. Nous n’avons plus le temps pour une transition « lente ». Est-ce que cette urgence climatique, de par les décisions fortes qu’elle nécessite, ne met pas en péril la démocratie ?

À l’inverse de l’idée que la démocratie devrait être mise entre parenthèses pour permettre aux autorités et aux gouvernements de prendre les mesures radicales que la situation climatique appelle, c’est un approfondissement de la démocratie qu’il faut opérer. À deux points de vue. D’abord parce que si la population est associée en amont de la décision, les normes adoptées seront perçues comme légitimes et seront mieux comprises.

Et le second ?

Aujourd’hui, la politique porte malheureusement pratiquement exclusivement sur les moyens et pas sur les fins que la société se donne. Nous nous trouvons dans une situation absurde où nous déployons des trésors d’ingéniosité pour identifier différents moyens à mettre en place pour poursuivre notre trajectoire, mais nous ne nous posons pas suffisamment la question de la finalité. La démocratie profonde, c’est celle d’une société suffisamment mature pour se poser la question non seulement du comment, mais celle aussi du pourquoi. Cela concerne par exemple la croissance du PIB ou la place du travail dans nos vies…

Donc les sorties de crises et la transition passeront par plus de démocratie et plus de participation ?

L’idée que la demande de formes de démocratie plus participatives représenterait une menace pour la démocratie représentative fondée sur l’élection me paraît fausse. Je ne conteste pas la légitimité de l’élection comme manière de désigner des représentants. Je pense cependant qu’il faut qu’entre deux élections les gens puissent continuer à s’impliquer avec d’autres modes. La démocratie n’a pas de raison d’être limitée à l’État : elle doit s’étendre à l’école, à l’université, aux entreprises…

Les politiques aujourd’hui doivent comprendre que c’est un atout de pouvoir compter sur des gens qui délibèrent. Car la transition écologique passe par des innovations sociales et pas seulement technologiques. C’est-à-dire par de nouvelles manières de s’organiser, de construire une action collective, de produire ou de consommer. Ces innovations sociales sont décentralisées par définition, car elles sont le résultat de la créativité des gens en fonction des contextes infiniment variés où ils se trouvent. Les politiques peuvent apprendre de cela.

Cette approche semble aussi être par ailleurs une réponse à la montée des populismes ?

Il y a aujourd’hui un consensus pour dire que la transition écologique ne peut plus être vue seulement sous un angle technique ou technocratique, avec des manettes à manipuler.

La justice sociale et l’approfondissement de la démocratie sont compris à juste titre comme des ingrédients indispensables à la transition écologique.

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