Derrière le discours triomphaliste de la majorité fédérale sur la création d’emplois se cache une dégradation de leur qualité qui interpelle fortement les écologistes. Les indicateurs sont extrêmement préoccupants : augmentation du nombre de burns out, de personnes sous anti-dépresseurs, de travailleurs dépendant du système maladie-invalidité et d’accidents de travail ; augmentation du travail intérimaire et des contrats journaliers ; persistance du déséquilibre salarial entre femmes et hommes,… (*) Moins de chômeurs mais plus de malades de longue durée ? Une constat inacceptable pour les écologistes.

Au cours de cette législature, le Gouvernement a relevé l’âge de la pension pour tou.te.s, créé les flexi-jobs, rendu le travail plus flexible et moins compatible avec la vie familiale et les loisirs. Quant aux mesures qui visent à prendre en compte la pénibilité de la carrière dans le calcul de la pension, elles se font désespérément attendre… « La personne humaine ne se réduit pas à son statut de travailleur et à sa capacité à contribuer à l’économie. Tout cela indique qu’il est urgent de travailler sur l’amélioration des conditions de travail, sur le partage du travail disponible et sur la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle », déclarent Zakia Khattabi et Patrick Dupriez, Coprésidents d’Ecolo, en ce 1er mai.

C’est la raison pour laquelle les écologistes déposent cinq propositions de loi qui ont pour effet ou objectif d’améliorer la qualité de l’emploi.

1. Offrir la possibilité d’un congé parental à 1/10ème temps.

Prévoir le congé parental à 1/10ème mi-temps (à la place d’1/5ème temps minimum actuellement) permettra une augmentation du nombre de parents, notamment des papas, bénéficiant d’un congé parental, et donc une meilleure conciliation vie familiale/vie professionnelle améliorant aussi le partage des responsabilités entre parents..

2. Faire de la formation un droit personnel du travailleur

La Belgique est très loin d’atteindre ses objectifs en matière de formation continue des travailleurs, notamment pour les travailleurs âgés et moins qualifiés. Trop d’entreprises « oublient » d’offrir à leurs travailleurs la possibilité de se former. Or, la formation est un gage d’efficacité professionnelle, de durabilité du fonctionnement des entreprises et de bien-être au travail. Nous proposons d’octroyer aux travailleurs un droit inconditionnel de formation de 5 jours par an, à activer si leur employeur ne le prévoit pas .

3. Développer le Plan Tandem, pour favoriser le partage du travail disponible et la transmission d’expérience

A partir de 55 ans, les travailleurs doivent pouvoir lever le pied s’ils le souhaitent, passer à mi-temps tout en conservant entiers leurs droits à la pension, et être remplacés par un jeune travailleur dans le temps de travail libéré.

Ce dispositif dit  « Plan Tandem » est d’application dans le secteur non-marchand francophone depuis les années 2000. Il doit être étendu à tous les secteurs de l’économie et à tous les travailleurs. Il permettra à la fois une transition douce vers la pension, une meilleure transmission des savoirs et un partage plus efficient du travail disponible. Il s’agit aussi d’une façon positive pour tous – travailleurs et employeurs – d’éviter l’augmentation des congés de maladie en fin de carrière.

4. Donner le droit à un changement de fonction pour les travailleurs âgés

Pour pouvoir « travailler plus longtemps », il faut parfois pouvoir « travailler autrement ». Nous voulons offrir aux travailleurs âgés de 55 ans et plus la possibilité de solliciter une adaptation de l’organisation de leur travail lorsque celle-ci n’est plus adaptée à leurs capacités ou à leur situation. Ils bénéficieraient d’une aide financière à cet emploi adapté, ce qui permettrait de compenser la perte éventuelle de revenus découlant de ce changement de fonction. Ce mécanisme est déjà largement utilisé dans d’autres pays, notamment en Suède, dont les économies sont performantes tout en offrant des emplois de qualité.

5. Créer les conditions pour permettre aux entreprises qui le souhaitent de passer à un régime de quatre jours de travail/semaine

Des entreprises ont fait le choix (ou souhaitent le faire) de passer à un régime de travail de quatre jours/semaine qui peut permettre à la fois de favoriser une meilleure qualité de vie des travailleurs et d’améliorer l’organisation de l’entreprise. Travailler 4 jours par semaine permet une plus grande conciliation entre vie professionnelle et vie familiale. C ‘est également une opportunité de mieux partager l’emploi disponible. Les entreprises prêtes à faire le pas des 4 jours / semaines (ou 4 semaines sur 5 ou 6 jours/semaine certains mois et 3 en période creuse…) doivent être aidées par une adaptation de leurs cotisations sociales diminuant utilement le coût financier d’une telle organisation du travail.

Pour les écologistes, les travailleuses et les travailleurs ne sont pas seulement une variable d’ajustement économique. « Jobs, jobs, jobs », le slogan de la majorité fédérale cache mal la dégradation constante des conditions de travail et donc de vie, les situations difficiles rencontrées par les femmes, les jeunes ou les travailleurs sur le marché de l’emploi et la persistance de poches de non-emploi dans certaines sous-régions. Il est nécessaire à présent de mettre la priorité sur l’amélioration de la qualité de l’emploi, pour une plus grande égalité entre travailleurs, et sur un meilleur partage du travail disponible. C’est le sens des propositions mises sur la table par les écologistes en ce 1er mai : « Parce que l’objectif c’est de créer pour chacun.e les conditions d’une vie digne et de s’épanouir personnellement, nous voulons des emplois, oui, mais des emplois de qualité, notamment pour les femmes, les jeunes et les travailleurs âgés ! », concluent les Coprésidents d’ECOLO.

(*) Les indicateurs de la baisse de la qualité de l’emploi sont les suivants :

– augmentation du nombre de burn out : de 2014 à 2017, le nombre d’employés « à risque accru de burn-out » a augmenté de plus de moitié, passant de 10 % à près de 17 %; un belge francophone sur deux craint de faire un burn out, selon une étude récente de Solidaris ;

– augmentation du nombre de travailleurs dépendant du système de maladie-invalidité : le budget des indemnités pour invalidité et incapacité de travail (+22,3 % depuis 2013) a dépassé celui consacré aux chômeurs indemnisés (- 25 % depuis 2013) ;

– augmentation du nombre d’accidents de travail, surtout chez les plus de 50 ans ;

– augmentation du travail intérimaire, qui a atteint des records en 2017, avec notamment l’augmentation exponentielle des contrats journaliers ;

– persistance du déséquilibre salarial entre femmes et hommes et de celui en terme de temps investi dans les tâches familiales (les femmes recourent davantage au congé parental et au crédit-temps que les hommes) ;

– taux d’emploi des travailleurs jeunes et âgés qui reste trop bas ;

– volume de formation dans les entreprises et de façon globale, toujours éloigné de l’objectif d’1,9 % de la masse salariale consacrée à la formation permanente des travailleurs.

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