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Changer de modèle pour donner un avenir aux éleveurs

25 juillet 2015
Changer de modèle pour donner un avenir aux éleveurs

La situation du secteur de l’élevage est aujourd’hui critique partout en Europe. Les mouvements de blocage des éleveurs français témoignent de leur colère et de leur désespoir, mais la situation wallonne n’est guère différente. Deux fermes cessent leurs activités chaque jour en Wallonie et les éleveurs sont de loin les plus fragiles. Nombre d’entre-eux ne peuvent plus poursuivre leur activité et les jeunes sont dans l’impossibilité d’en lancer de nouvelles.

Pour Patrick Dupriez, Coprésident d’ECOLO, « La crise actuelle résulte de la dérégulation des marchés agricoles voulue par la Commission Européenne et de la mise en concurrence des productions alimentaires sur des marchés mondiaux de plus en plus spéculatifs ». L’exemple du lait est frappant : son prix est déterminé par des cours d’échanges mondiaux impliquant les néo-zélandais et les chinois alors que plus de 90 % de la production est commercialisée régionalement. Avec un prix d’achat du lait inférieur au prix de revient, on risque de voir disparaître la moitié des producteurs d’ici à 15 à 20 ans. Ce système économique absurde ne survit tant bien que mal que grâce à la prise en charge de quasiment 80 % des revenus des agriculteurs par les primes de la Politique Agricole Commune.

Le modèle industriel de l’élevage basé sur la quantité et le prix le plus bas est périmé. Les éleveurs sont contraints à s’agrandir et à s’endetter en investissant dans des élevages intensifs de plus en plus grands, particulièrement sensibles à la variabilité du prix des aliments (doublé en 15 ans) sur les marchés internationaux, et au coût de l’énergie.

Pour donner une véritable perspective au secteur de l’élevage, il faut donc changer de modèle de production et favoriser un élevage lié au sol. Ce modèle implique que les superficies agricoles détenues par l’éleveur permettent la production de l’alimentation des animaux et l’épandage de leurs effluents.

« Aucun avenir durable ne pourra être assuré aux éleveurs – singulièrement aux producteurs de lait- sans un mécanisme de régulation de l’offre au niveau européen. Les familles politiques traditionnelles doivent renoncer à leurs dogmes et faire pression sur la Commission européenne pour qu’elle prenne ses responsabilités en ce sens comme l’exigent les fédérations d’éleveurs », poursuit Patrick Dupriez.

Mais les Gouvernements belge et wallon peuvent également agir pour soutenir le secteur de l’élevage et accompagner l’émergence d’un nouveau modèle. Pour Ecolo, il faut le plus rapidement possible :

Faire converger les aides directes à l’hectare pour les rendre plus équitables. Le régime actuel des aides directes de la PAC adopté en Wallonie est favorable à ceux qui touchent historiquement le plus d’aides, et défavorable aux éleveurs qui sont le plus en difficulté ainsi qu’ aux productions les plus extensives;

Privilégier la prime à l’herbe plutôt que l’aide couplée à la production, de façon à favoriser la production de l’alimentation du bétail dans l’exploitation et un impact positif sur l’environnement ;

Orienter les aides à l’investissement vers un modèle de production qualitatif, respectueux de l’environnement et garantissant une stabilité durable des coûts de production pour les éleveurs. Il faut cesser de soutenir – comme le fait le Programme de Développement Rural Wallon – l’endettement des agriculteurs qui investissent dans des filières fragiles et hautement soumises à la concurrence mondiale et à la volatilité des prix comme les porcheries et poulaillers industriels dont la Flandre ne veut plus pour des raisons environnementales.

Garantir un prix décent aux éleveurs via la mise en place :

d’une agence d’observation regroupant les producteurs, les transformateurs, les organisations de défense des consommateurs et les administrations afin de calculer le seuil et le plafond du prix de vente permettant la rémunération des producteurs et d’assurer la transparence sur les marges à toutes le étapes de la filière. La fourchette des prix pourra devenir l’outil de référence de la régulation de l’offre.

d’une interdiction de la vente à perte de façon à garantir un prix rémunérateur aux éleveurs. Le travail des agriculteurs a un prix et mérite d’être rémunéré !

d’une base juridique et d’un soutien pratique pour permettre aux agriculteurs de se regrouper en organisations de producteurs à l’échelle du pays membre et au-delà afin de renforcer leur rapport de force face au secteur de la distribution dans la fixation des prix. ! Il est inacceptable que les distributeurs puissent imposer le prix d’achat des viandes et du lait en dépit des coûts de production.

Permettre aux consommateurs de faire le choix des filières de production courtes et de qualité différentiée. L’étiquetage de la viande et des produits laitiers vendus en grandes surfaces doit clairement mentionner les origines des produits, mais aussi indiquer si les animaux ont été nourris à base d’OGM. Dans le secteur laitier, par exemple, les seuls producteurs qui échappent à la volatilité des prix sont ceux qui sont inscrits dans des filières « bio » ou certaines AOC. Ces filières de qualité différenciées doivent être structurées et stimulées par une véritable politique des circuits courts associant le secteur Horeca et les collectivités.

Et Patrick Dupriez de conclure : « Le « modèle » agricole actuel est à bout de souffle et les éleveurs sont victimes de l’aveuglement des pouvoirs publics. Trêve de gestion de crise. Il est temps de changer de cap et de nous donner les moyens politiques d’une transition donnant un véritable avenir à nos éleveurs et à l’agriculture ».