Lettre ouverte aux Bruxellois.e.s

Il y a bientôt 30 ans, après un long chemin de croix, la Région de Bruxelles-Capitale est définitivement créée. Elle est le fruit d’un engagement sans failles d’hommes et de femmes, surtout d’hommes en fait mais c’est un autre débat, qui l’ont rêvée, qui y ont cru et qui ne se sont pas laissés démonter par ceux qui n’y croyaient pas ou n’en voulaient pas. Après un long cheminement, ils ont engrangé des solutions institutionnelles à tout ce qui dans la vie politique belge de l’époque constituait les principaux freins à son éclosion. Nous leurs en sommes infiniment reconnaissants.

Aujourd’hui à bientôt 30 ans, ce qui a permis à notre région d’advenir est précisément ce qui l’étouffe. Et malheureusement pour la grande majorité du monde politique, Bruxelles ne reste qu’un enjeu institutionnel en soi, désincarné, fruit de compromis intangibles tels qu’il est inenvisageable de la laisser s’émanciper, évoluer et s’inscrire dans sa réalité du XXIe siècle.

Pour la génération politique écologiste que je représente Bruxelles n’est pas un enjeu institutionnel.

Bruxelles est notre héritage.

Et nous refusons de voir notre héritage être l’otage ou la victime des blocages de nos régions sœurs, comme sur le dossier des allocations familiales, ou d’une minorité de nationalistes flamands, la campagne nauséabonde de la NVA fait rage. Nous refusons de continuer à ne pas être reconnus dans la diversité de nos identités ou d’être réduits à une appartenance communautaire exclusive dans le cadre d’un clivage francophones – néerlandophones. Nous voulons sortir d’une logique d’une Région constituée de deux communautés ou de l’addition des intérêt de 19 localités. Nous refusons de ne pas avoir pleinement notre destin en main. Ce qui est possible en Flandre et en Wallonie, c’est à dire une articulation forte et une cohérence entre l’ensemble des politiques, qu’elles soient ou non « personnalisables », sur un même territoire, doit être possible à Bruxelles.

Je ne suis, il est vrai, pas une fétichiste des institutions et cela me laisse une grande liberté. Je considère qu’elles n’existent pas pour elles-mêmes, elles ne sont qu’un outil au service d’un projet et c’est en effet moins de leur avenir que je m’inquiète que de leur (in)capacité à servir une vision de la ville, nourrir un projet commun, répondre à des besoins concrets.

Ces institutions bruxelloises sont en effet complexes. Trop complexes. La plupart des citoyens bruxellois ne connaissent, ne s’identifient, ni ne comprennent les institutions qui les gouvernent. Cela pose un problème démocratique et d’éloignement entre citoyens et politiques. Les processus décisionnels s’avèrent trop souvent particulièrement longs et fastidieux. Comment comprendre des politiques différenciées sur un même territoire, donc répondant aux mêmes enjeux en matière de petite enfance, de jeunesse, de santé, de politique sociale ou encore de formation professionnelle ?¹ Alors simplifions et intégrons au sein de la Région bruxelloise : une seule Assemblée parlementaire et un seul Gouvernement pour gérer ce qui concerne directement et exclusivement les Bruxellois Cela serait plus efficace, plus lisible, cela permettrait un meilleur contrôle démocratique et placerait les bruxellois sur un pied d’égalité.

Aucun tabou, partons d’une page blanche.

Bruxelles est aujourd’hui une ville cosmopolite, jeune, dynamique. La visage de notre capitale a profondément changé depuis la réalité de ses pères fondateurs. Et nous, écologistes défendons la construction d’une communauté bruxelloise qui réunit les gens au-delà de leur langue ou de leur culture, qui construit des alliances, qui se base sur le quotidien et les besoins concrets de ses citoyens. C’est à partir de cette réalité du destin commun des Bruxellois d’où qu’ils viennent et avec des objectifs de solidarité, de transparence, de subsidiarité ou de lisibilité que nos institutions doivent être revisitées, urgemment.

Il y a 30 ans ils ont eu un rêve.

30 ans après, osons le nôtre !

Zakia Khattabi

Co-présidente Ecolo

1. on se retrouve avec des compétences éclatées entre la Région, les trois commissions communautaires (COCOM, COCOF et VGC) et les Communauté (Française et Flamande).

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