Agriculture, alimentation, emploi, environnement et santé

Cinq défis et un projet pour la Wallonie

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Par Patrick Dupriez
Publié le 15 mai 2014

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Niveau 3

Une conférence de presse organisée à la Ferme de Jambjoule (Villers-sur-Lesse) à l’invitation de Patrick Dupriez, président du Parlement wallon.

Avec la participation de :

- Bernard Convié, Ingénieur agronome et agriculteur bio à la ferme de Jambjoule. 4ème suppléant sur la liste Europe.
- Erwin Schopgës, agriculteur d’Amblève et administrateur de l’European Milk Board. Fondateur du Fairebel. Tête de liste germanophone sur la liste Europe.
- Philippe Renard, maître-cuisinier, fondateur de l’Ecole des goûts et des Saveurs, restaurant (et école) « philosophie de de cuisine » à Liège, 14e effectif sur la liste région Liège.
- Olivier De Schutter, Rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation
- Catherine Rousseau, Conseillère au cabinet de la Ministre Evelyne Huytebroeck, en charge de l’Alliance Emploi-Environnement dans le domaine de l’alimentation durable.

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Niveau 4

D’un côté, il y a la terre et les paysans

-  6.000 emplois perdus ces 10 dernières années. 4 fois Arcelor...
-  Des externalités négatives indéniables (biodiversité, eau, sols, climat...) mais d’abord de nombreux biens publics et des services écosystémiques rendus par les agriculteurs qui gèrent près de 50 % de notre territoire.

D’un autre côté, les enjeux liés à la santé

-  A l’autre bout, il y a notre plaisir, notre patrimoine gastronomique et une dimension essentielle de notre culture et de notre bien être.
-  Il y a surtout notre santé, intimement liée à notre alimentation.Ils sont aussi colossaux que peu considérés politiquement.
-  Selon l’OMS, « Au moins la moitié des cancers pourraient être évités ou retardés en adoptant un mode de vie plus sain et notamment en modifiant notre régime alimentaire. »
-  Le régime alimentaire méditerranéen permet de réduire de 30 % les accidents cardiovasculaires pour à peine un euro par jour en plus que la malbouffe ordinaire.
-  72 % des prescriptions remboursées par la Sécurité sociale belge sont destinées à lutter contre l’hyper-tension et le cholestérol, des affections notoirement liées aux comportements alimentaires.
-  Le Royaume-Uni estime que les coûts directs (soins médicaux) et indirects (baisse de productivité) liés au surpoids (IMC>25) et à l’obésité (IMC>30) vont augmenter de 70 % en 2015 et de 240 % en 2025 par rapport à 2007.
-  Ces problèmes de santé et de surmortalité directement corrélés au modèle alimentaire touchent spécifiquement les populations les plus pauvres et les moins éduquées. Le risque d’être confronté au surpoids est triplé quand la famille est plus pauvre que la moyenne .

Entre les deux, il y a :
-  l’acte le plus quotidien qui soit mais aussi,
-  Une contribution importante en CO2 (50 % ?!) et une faible résilience aux changements climatiques ;
-  La dégradation de la biodiversité botanique et alimentaire ;
-  Un gaspillage de près de 35 % des aliments produits ;
-  La boîte noire de l’agroalimentaire qui nous nourrit sans que nous ne sachions plus d’où vient quoi et comment, ni ce qui se trouve réellement dans notre assiette ;
-  Une immense perte de savoirs et de savoir-faire ;
-  La PAC, l’OMC, les accords de Bretton Woods et les risques du Partenariat Transatlantique de Commerce et d’Investissement. (TTIP).
-  Dans le monde, un milliard de personnes dont de nombreux paysans qui souffrent de la faim,
-  Chez nous, des potentialités économiques évidentes : une demande forte à Bruxelles en produits alimentaires de qualité et 80 % des produits bios qui sont importés...

Entre la terre et nos assiettes il y a aussi un grands nombres d’acteurs

1. de nombreux acteurs privés :
-  Des paysans et des organisations paysannes ;
-  Des artisans, des transformateurs (on en manque), de l’horeca, des commerçants, petits et grands, des événements touristiques et culturels....
-  Une foule d’ONG et d’initiatives citoyennes qui se mobilisent pour la souveraineté alimentaire, l’environnement, les circuits courts et la qualité de notre alimentation,
-  Un secteur agroalimentaire important en Wallonie : 18.000 emplois dont 11.000 au sein d’entreprises du pôle de compétitivité WagrAlim dans le cadre du plan Marchal 2.vert ;
-  Un secteur de la grande distribution qui commence à bouger et à percevoir l’intérêt de conserver des producteurs régionaux ;
-  Les associations de consommateurs ;
-  466 millions d’euros d’investissements publicitaires du secteur alimentaire en Belgique et des messages quasi permanents qui jouent un rôle prescriptif des comportements alimentaires peu adapté aux objectifs de santé publique.
-  (En FWB, les moyens budgétaires actuellement alloués aux actions comprenant au moins partiellement une dimension de promotion d’une alimentation saine s’élevait en 2012 à 1.087.782 euros !)
-  Des médecins et les acteurs de la santé (hôpitaux, mutuelles, Centre Locaux de Promotion de la santé (CLPS) ...). A peine 15 heures de nutrition dans le cursus des médecins alors que « Que ton aliment soit ton premier médicament » comme disait Hippocrate...

2. Des acteurs institutionnels
-  L’enseignement, du primaire au supérieur en passant par le qualifiant (combien d’heures de diététique ou à propos du lien des produits à la terre dans les écoles hôtelières ?) ;
-  Les université et centre de recherche ;
-  L’AFSCA,
-  L’APAQW et sa nouvelle centrale de marché, la future banque foncière wallonne, les terres publiques ;
-  Les labels officiels ou non ;
-  L’ensembles de collectivités (communes, écoles, hôpitaux, prisons...) et des événement subsidiés par les pouvoirs publics (un marché gigantesque pour orienter les filières agroalimentaires vers plus de soutenabilité) ;
-  L’ONE, les CLPS et tous acteurs de la promotion de la santé,
-  Le Plan National Nutrition Santé qui sera régionalisé ;
-  Les CPAS et les banques alimentaires ;
-  Le nouveau centre de référence « circuits courts » niché au sein de l’Agence de Stimulation Economique (ASE) ...

3. Différents niveaux de pouvoirs qui coopèrent peu
-  Européen, fédéral, régional, communautaire...
-  Pourquoi les régions et communautés ne travaillent-elles pas ensemble pour bénéficier du programme européen « fruits et légumes à l’école » et des moyens du Plan de Développement Rural ?
-  Pourquoi la Fédération Wallonie Bruxelles renonce-t-elle à retirer les distributeurs de soda alors que le PNNS le prévoit ?
-  Pourquoi Wallonie et Bruxelles ne coopèrent-elles pas alors que les bruxellois (particuliers et horeca) sont en demande de produits bio ?
-  Pourquoi un évènement culturel subsidié par l’APAQW ne propose-t-il aucun produit wallon ?
-  Pourquoi la législation sur le travail n’est-elle toujours pas adaptée au travail saisonnier du monde agricole ? Et les normes sur les produits adaptées aux recommandations sanitaires (sucre, sel, graisse trans...) ?

Pour relever, par exemple, le défi de la lutte contre l’obésité, le directeur médical de l’Hôpital des enfants Reine Fabiola, estime qu’une conférence interministérielle devrait avoir le courage d’envisager la détaxation de produits sains comme les fruits et légumes, ou la distribution généralisée de soupe dans les écoles.

Il est urgent, dit-il, de s’atteler, en coopération avec les acteurs médico-sociaux et associatifs, à ce travail d’éducation qui prendra une génération mais aura des effets considérables et décisifs dans la lutte contre l’obésité et le cancer.

Pourtant, aujourd’hui, malgré les programmes de distribution de fruits et légumes, malgré les initiatives de formation des cuisiniers ou de promotion de l’agriculture wallonne, aucune concertation n’existe entre la Wallonie et la Fédération Wallonie-Bruxelles pour répondre conjointement à ce défi d’une alimentation de qualité et de proximité à l’attention des élèves de nos écoles.

Changer de modèle

C’est donc notre système alimentaire qu’il faut changer en profondeur pour protéger notre environnement, assurer la viabilité de l’agriculture paysanne et des savoirs-faire culinaires et favoriser le bien-être et la santé du plus grand nombre.

S’engager sur la voir d’un système alimentaire soutenable constitue en soi un projet politique structurant pour la Wallonie qui nécessite avant tout (cfr supra) de la coordination, de la cohérence, des alliances...

Pour relever ce défi : une politique cohérente basée sur la méthode des AAE, un ministre en charge de la politique de l’alimentation et une conférence interministérielle volontariste.

Alliances Emploi-Environnement

La première Alliance Emploi-Environnement réalisée en Wallonie, signée en 2011 par une quarantaine d’entreprises privées et d’organismes publics, visait à coordonner une stratégie de réduction de la consommation d’énergie grâce à la construction ou à la rénovation de logements performants.

L’Alliance Emploi-Environnement est incontestablement une réussite :
-  2.541.000 Mwh économisés en 2014, soit 586.020 T de CO2 correspondant à la consommation annuelle de 50.000 ménages ;
-  34.800 emplois créés ou maintenus dans le secteur de la construction et de la rénovation pour la période de 2010 à 2014 dont 70% sont directement imputables à la seule AEE ;
-  un gain de pouvoir d’achat de 215 millions d’€ chaque année pour les Wallons.
Et ce n’est pas fini…

Cette méthode a indubitablement fait ses preuves en répondant concrètement aux défis de notre société : création d’emplois porteurs de sens et amélioration du bien-être de tous mais surtout réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Il faut donc reproduire la démarche et mettre en place, en Wallonie, de nouvelles AEE dans d’autres secteurs.

Au vu des enjeux environnementaux, sanitaires et économiques que nous avons à relever, le thème de l’alimentation durable doit être prioritairement retenu.

En effet, notre système agroalimentaire est globalement lié à près de la moitié des émissions de CO2, contribue à une régression alarmante de la biodiversité et ne permet pas aujourd’hui de nourrir correctement la population mondiale, alors que près de 35 % des aliments produits sont gaspillés, tandis que près de 70 % des dépenses de la Sécurité Sociale belge sont inhérentes à des maladies directement liées aux comportements alimentaires et la prévalence de celles-ci augmente de façon inquiétante.

En outre, les familles les plus pauvres sont les plus durement touchées par les conséquences de ce système :« le risque d’être confronté au surpoids est triplé quand la famille est plus pauvre que la moyenne ».

Il est donc urgent d’agir préventivement, en priorité auprès des enfants
C’est en effet dès l’enfance que nous devons intégrer et intérioriser les règles simples de « bonne pratique » alimentaire qui permettront de prévenir l’apparition de la majorité des cancers, ou d’en retarder considérablement la survenue.

L’enjeu est donc écologique, économique, culturel et social.

Modifier en profondeur ce système alimentaire, de la terre à l’assiette et du local au global, comme nous y invite Olivier De Schutter, doit donc être une priorité politique de premier ordre.

De nombreuses initiatives de terrain émergent d’ailleurs en ce sens et méritent d’être soutenues tandis que le nouveau Code wallon de l’Agriculture et le Centre de Référence des Circuits Courts créé par les Ministres Nollet et Marcourt sont des outils importants.

Une AEE centrée sur l’alimentation durable viserait à mobiliser et coordonner les acteurs privés, publics, associatifs… autour de projets concernant :
- la production (agriculture, horticulture, pisciculture …),
- la transformation, la conservation,
- la distribution et la consommation de produits alimentaires en travaillant tant sur l’offre que sur la demande et la formation des travailleurs.
Des dynamiques telles que celle des accords de branche dans le domaine de l’énergie et des conventions entre organisations de producteurs et grande distribution nécessitent une impulsion politique claire.
Les pouvoirs publics doivent également assurer de façon déterminée une exemplarité dans leur propres consommation via des clauses sociales et environnementales précises.

L’enjeu : intégrer l’idée que l’idée que le prix du produit peut internaliser les coût à la collectivité.

A Bruxelles, l’AEE développée sur ce thème atteste d’ailleurs qu’un important potentiel d’emplois existe pour des personnes peu qualifiées dans le domaine de l’alimentation durable.

Il s’agit donc de réconcilier saveur, santé, environnement et création d’emplois par la relocalisation partielle de notre système alimentaire, en particulier en favorisant des circuits courts et une économie circulaire valorisant mieux les ressources.

Dans un contexte de mondialisation des échanges, seuls la qualité des produits et le développement de filières permettront à nos producteurs de survivre face à la concurrence de pays aux normes sociales, environnementales et sanitaires inexistantes.

En ce sens, la formation et l’innovation sociales et scientifiques doivent jouer un rôle déterminant, en associant les entreprises du secteur agro-alimentaire et de la grande distribution, singulièrement celles qui s’impliquent dans le pôle de compétitivité WagrALIM qui emploient plus de 10.000 personnes en Wallonie.

Un(e) Ministre de l’alimentation

Pour faire de l’enjeu alimentaire un sujet politique structurant en terme de Développement Durable et développer une véritable politique de transition de notre système alimentaire, nous proposons qu’au sein du prochain Gouvernement wallon un(e) Ministre soit chargé(e) de la politique de l’alimentation.

Il serait compétent en matière d’agriculture, en charge d’une AEE relative à l’alimentation durable, du pôle de compétitivité Wagralim, des circuits courts, du PRNS et de la promotion de la santé.

Il s’agira aussi de stimuler la mise en place d’une conférence interministérielle sur le sujet.

Carlo Petrini, fondateur du mouvement slow food, écrivait : « manger est un acte agricole au même titre que (produire) cultiver est un acte gastronomique ».

C’est cette vision qui doit nous inspirer pour faire du développement d’une véritable politique de l’alimentation une priorité politique reliant la terre, les producteurs, la santé et le plaisir du bien manger.

Un projet de société en soi dont la Wallonie a besoin.

- Dossier plus complet sur le site de Patrick Dupriez

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Un dossier suivi par

Patrick Dupriez

Patrick Dupriez

Co-président d'ECOLO
Ingénieur agronome de formation, j’ai très jeune rejoint les rangs d’Ecolo.
En juin 2009, j’ai été élu député régional. Je me suis d’emblée passionné pour les questions liées à l’agriculture, la nature, les travaux publics, l’enfance, la santé et les relations internationales. En mars 2012 j’ai été désigné à la présidence du Parlement Wallon. Depuis mars 2015 je suis co-président d’Ecolo avec Zakia Khattabi.
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