Sortie du nucléaire

5 mythes nucléaires sur la nécessité de prolonger Tihange 1 de dix ans

Photo (c) Reporters/Herchaft

Les arguments qui ont justifié la prolongation du vieux réacteur de Tihange 1 sont analysés en détail et contredits par une série de faits ...

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Niveau 3

En décidant de fermer les vieilles centrales de Doel 1 et Doel 2 mais de prolonger de dix ans la vieille centrale de Tihange 1, le gouvernement a certes accompli un progrès par rapport à son prédécesseur qui voulait rallonger toutes les trois centrales de dix ans. Mais ce progrès est insuffisant. En effet, la Belgique a (avait) l’opportunité d’embrayer sur l’exemple de l’Allemagne, 2ème économie exportatrice au monde, qui a décidé de fermer l’ensemble de son parc nucléaire tout en se dotant d’objectifs trois fois plus ambitieux que la Belgique en matière de réduction de CO2 d’ici 2020 (moins 40%). Cette stratégie est déjà gagnante puisque l’Allemagne compte aujourd’hui plus d’emplois dans les secteurs verts que dans le secteur automobile. Hélas, l’immobilisme des gouvernements qui ont suivi l’Arc en ciel fait que la Belgique a une nouvelle fois laissé passer sa chance en renonçant à mener une politique énergétique tournée vers l’avenir.

Le signal envoyé en Belgique aux investisseurs alternatifs au nucléaire, dont les projets en attente sont estimés à trois milliards par la fédération de l’industrie technologique Agoria elle-même, reste ainsi totalement flou puisque la part du marché énergétique nouvellement ouvert aux alternatives et aux renouvelables restera minime.

Nous attendons enfin qu’à côté de la mauvaise décision prise par le gouvernement fédéral, une politique volontariste puisse être menée pour diminuer la consommation d’énergie dans notre pays. C’est impératif si l’on veut réellement soutenir la création d’emploi dans les secteurs concernés tout en faisant baisser la facture des citoyens.

1. La prolongation de Tihange 1 de 10 ans n’assure pas aux citoyens et aux entreprises belges de payer moins cher leur électricité : ce sont les unités de production flexible d’électricité, à savoir les centrales à gaz, qui influencent les prix du marché, pas le nucléaire. Le mécanisme de mise aux enchères promis sur une partie de la production nucléaire n’existe que dans l’esprit du Secrétaire d’Etat à l’Energie et les mécanismes de soutien aux unités flexibles coûteront de l’argent – sauf à utiliser la rente nucléaire mais le Gouvernement s’obstine à ne pas la percevoir à son juste montant (1,2 milliards d’euros par an). Développement.

2. La prolongation de Tihange 1 de 10 ans n’assurera pas la sécurité d’approvisionnement en Belgique.

S’il est vrai qu’en 2016 et 2017 le pays aurait connu une plus grande tension sur la sécurité d’approvisionnement en cas de fermeture des trois plus anciens réacteurs nucléaires (Doel 1&2 et Tihange 1), la sécurité d’approvisionnement, c’est aussi prévoir les risques de surcapacité. La prolongation de Tihange 1 entraîne une multiplication des périodes de surproduction après 2017 et diminue la rentabilité des unités flexibles pourtant nécessaires au développement des unités renouvelables. De plus, si Tihange 1 disjoncte, ce sont 1000 MW qui sautent d’un coup. Dépendre d’une poignée de (vieux) réacteurs pour assurer une grande partie de notre production d’électricité, c’est aussi mettre la sécurité d’approvisionnement en péril. Développement.

3. La prolongation de Tihange 1 de 10 ans fait courir un risque supplémentaire inconsidéré aux citoyens belges.
Les réacteurs nucléaires belges ont été conçus pour fonctionner 30 ans. Ils ont déjà obtenu une « rallonge » de 10 ans. Il n’y a que très peu d’expérience sur des gros réacteurs de plus de 40 ans, a fortiori 50 ans (le plus vieux en fonction dans le monde a 43 ans). C’est donc à une expérience grandeur nature en Belgique que le Gouvernement fédéral veut nous livrer. Enfin, les investissements indispensables de rénovation ne seront terminés qu’en 2019. Développement.

4. La modification de la loi de sortie du nucléaire pour prolonger la centrale de Tihange 1 va rendre la sortie plus difficile.
La suppression de l’article 9 de la loi (qui soumettait toute prolongation à diverses études et motifs impérieux) ne rend pas la loi plus sûre. Rappelons qu’une majorité simple suffit à la modifier. C’est d’ailleurs ce que fera la Gouvernement : il supprimera d’abord l’article 9 et ensuite, il modifiera la loi de 2003. Développement.

5. La prolongation de Tihange 1 de 10 ans occulte la nécessaire mise au point d’un plan de transition électrique en Belgique.
Un plan qui permette à la Belgique de sortir du nucléaire, de développer les énergies renouvelables, d’économiser l’énergie (dont l’électricité) via une gestion de la demande et une utilisation efficace et rationnelle de l’énergie, et de moderniser son réseau pour le rendre « intelligent ». Une transition qui s’opérera au bénéfice de l’emploi. Développement.


Mythe 1 : la prolongation du nucléaire garantit des prix plus bas

La prolongation de Tihange 1 de 10 ans n’assure en aucun cas aux citoyens et aux entreprises belges de payer moins cher leur électricité.

Dans le contexte de libéralisation actuel au niveau européen, les prix de marché de gros (wholesale) suivent des valeurs fixées par les coûts de production variables de la centrale de production marginale. Or, les centrales nucléaires sont techniquement incapables d’assurer la production de pointe, ou production marginale, et assurent donc la production de base. La production de pointe, ou marginale, est principalement assurée par des centrales au gaz. C’est donc sur base de la production d’électricité avec le gaz qu’est fixé le prix de gros, pas sur base des coûts du nucléaire.

Le mécanisme de mise aux enchères promis sur une partie de la production nucléaire va-t-il vraiment faire baisser les prix des particuliers et/ou des entreprises ? On peut en douter : soit cette production est rachetée par de grosses entreprises et les citoyens n’y gagneront rien, soit cette production – vendue aux enchères – est rachetée par des fournisseurs et rien ne dit qu’ils baisseront leur prix.

Par ailleurs, la mise en place de mécanismes de soutien aux unités flexibles coûtera de l’argent – sauf à utiliser la rente nucléaire mais le Gouvernement s’obstine à ne pas la percevoir à son juste montant (pour rappel, le gouvernement perçoit 550 millions d’euros par an alors que la CREG conseille d’en percevoir un total de 1,2 milliard d’euros par an). Le Secrétaire d’Etat est incapable de préciser le montant du soutien aux mécanismes de soutien.

C’est donc le citoyen qui risque de payer pour soutenir les centrales au gaz qui auraient par ailleurs gagné en rentabilité à la fermeture complète des trois anciennes centrales nucléaires.

Mythe 2 : la prolongation de dix ans de Tihange 1 assure la sécurité d’approvisionnement

Les études de la CREG, d’ELIA et du SPF Energie indiquent qu’en cas de circonstances défavorables (forte augmentation de la demande, fermeture d’unités, capacité d’importations réduites), il existe un risque de blackout en Belgique entre 2014 et 2017, avant que de nouvelles unités n’arrivent en production (essentiellement des unités au gaz, de type turbine gaz-vapeur, très performantes) . C’est pourquoila CREG avait recommandé une prolongation des trois vieilles centrales de Doel 1, Doel 2 et Tihange 1 d’un an ou deux seulement. Ce n’est cependant pas une fatalité. Parmi les solutions : maîtriser la demande et mettre des unités de production en réserve plutôt que les fermer.

En outre, la prolongation de Tihange 1 entraîne une multiplication des périodes de surproduction après 2017, lorsque l’essentiel des parcs éolien offshore seront en production. Les interconnexions seront sollicitées pour exporter cette surproduction à bas prix. Par ailleurs, cela diminue la rentabilité des unités flexibles pourtant nécessaires au développement des unités renouvelables.

Aujourd’hui l’électricité renouvelable représente 6% de la production et les problèmes de surcapacité sont déjà rencontrés. En 2020, les renouvelables représenteront 20,9% de la production d’électricité. Un conflit aura donc lieu entre renouvelables et nucléaire. La solution passe par le développement de capacités de production flexibles, leur interconnexion et leur gestion (réseau intelligent). Or, le plan contient que d’hypothétiques pistes pour résoudre le problème du manque de capacité flexibles et de leur rentabilité.

Enfin, la prolongation de Tihange entraîne une fermeture de 5 unités de près de 1000 MW en 4 ans, soit entre 2022 (Doel 3) et 2025 (Doel 4, Tihange 3 mais aussi Tihange 1). Vu la mauvaise volonté affichée par les Gouvernements successifs pour fermer les plus anciennes centrales, gageons que la suite risque d’être encore difficile, avec la prolongation de Tihange 1.

Mythe 3 : il faut prolonger de 10 ans pour assurer la sécurité des citoyens

La prolongation de Tihange 1 de 10 ans fait courir un risque supplémentaire inconsidéré aux citoyens belges. Au niveau mondial, une bonne centaine de réacteurs ont déjà été arrêtés et l’âge moyen de ceux-ci au moment de leur fermeture était d’un peu plus de 20 ans. On ne dispose donc à l’heure actuelle que d’une expérience très réduite en matière d’exploitation de réacteurs commerciaux de grande puissance dont la durée de fonctionnement avoisine ou dépasse les quatre décennies.

Personne ne peut dire qu’on pourrait faire tourner nos centrales pendant 50 ans . Ce qui est sûr, c’est que le risque d’accident augmente fortement et que, quelle que soit leur durée de fonctionnement, les centrales nucléaires devront fermer tôt ou tard...

Or, avec des centrales vieillissantes, la fréquence des incidents, pannes, entretiens etc. augmente. Sans parler des pannes génériques comme celle de 2007 en France, qui a provoqué le doublement du prix de l’électricité pendant plusieurs mois.

Par ailleurs, les investissements de remise à niveau pour prolonger la durée de vie de la centrale de Tihange 1 s’étaleront sur 7 ans (rapport remis par Electrabel à l’Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire), ce qui implique qu’ils ne seront tous accomplis qu’en 2019 ! Soit, la mise à niveau de la centrale sera effective pour un fonctionnement de 6 ans ( de 2019 à 2025). La question de leur rentabilité va forcément se poser et la tendance à en faire le minimum est évidente.

Ces investissements s’ajoutent à ceux nécessaires pour la sécurité identifiés via la procédure des stress tests qui eux doivent être effectués de suite sous peine de fermeture de la centrale.

Mythe 4 : il faut modifier la loi de sortie du nucléaire pour la renforcer

En 2003, concrétisant l’accord gouvernemental de juillet 1999, la « loi sur la sortie progressive de l’énergie nucléaire à des fins de production industrielle d’électricité » était votée. La loi mentionne que : « les centrales nucléaires destinées à la production industrielle d’électricité à partir de la fission de combustibles nucléaires sont désactivées quarante ans après la date de leur mise en service industrielle et ne peuvent plus produire d’électricité dès cet instant. » Dans la logique de cette décision, il a été décidé qu’aucune nouvelle centrale ne pourrait être construite ou mise en service.

Pour éviter que les prochaines coalitions gouvernementales et les principaux producteurs d’électricité ne mènent une politique évitant sciemment de se préparer à la sortie du nucléaire, de sorte qu’au moment prévu de mise à l’arrêt des premiers réacteurs on se trouve devant un « fait accompli », la loi mentionne de manière explicite que la fermeture des centrales ne peut être reportée qu’en cas :
- d’événements externes imprévus n’ayant pas été provoqués par les exploitants des centrales nucléaires, comme une guerre, ou une crise internationale ;
- de problèmes d’approvisionnement imputables à certaines situations à l’étranger.

Le projet de loi a été longuement étudié au Parlement et y a fait l’objet de nombreuses discussions. Contrairement à ce qui s’est passé lors de l’introduction du nucléaire dans notre pays (lors de laquelle aucun débat de société n’a eu lieu), la sortie du nucléaire a donc fait l’objet de débats parlementaires tenant compte des considérations scientifiques. Rien qu’à la Chambre, par exemple, neuf réunions ont été consacrées à ce sujet, et le rapport final des débats fait 229 pages.

La majorité arc-en-ciel s’est accordée sur la fixation d’une durée de vie des réacteurs à 40 ans. Ce laps de temps devait laisser une marge de temps suffisante pour réduire la consommation d’énergie et augmenter la production d’énergies propres et renouvelables. L’option prise par le Gouvernement était aussi de donner un signal clair au secteur de l’électricité en vue de réaliser les investissements à moyen et long termes.

Donc, la suppression de l’article 9 de la loi, comme le propose M. Wathelet, ne rend pas la loi plus sûre. Rappelons qu’une majorité simple suffit à la modifier. C’est d’ailleurs ce que fera la Gouvernement : il supprimera d’abord l’article 9 et ensuite, il modifiera la loi de 2003.

Mythe 5 : c’est la première fois qu’il y a un plan de sortie du nucléaire

Aujourd’hui, la Région wallonne s’est dotée d’un plan ambitieux de développement des énergies renouvelables. La Région bruxelloise – au potentiel de production d’énergie renouvelable bien plus limité – table sur l’efficacité énergétique et a adopté le standard passif pour ses nouvelles constructions pour 2017. Tout à fait possible, le succès de l’initiative bâtiments exemplaires en témoigne.

Plusieurs études démontrent qu’il est possible de réduire les consommations (et donc les émissions de CO2) en Belgique :
- une étude du Fraunhofer Institut réalisée à la demande d’un précédent gouvernement fédéral présente un scénario dit de « benchmarking », qui suppose de simplement « copier » des mesures mises en place dans les pays voisins et prévoit une baisse de la consommation d’énergie de 5% entre 2001 et 2020. Un scénario plus volontariste, dit « potentiel économique », prévoit, en mettant en œuvre toutes les mesures économiquement rentables, un baisse de 12% de la consommation sur la même période ;
- dans le secteur de l’électricité, le bureau d’études E-ster évalue le potentiel d’économies d’électricité à court terme (moins de 2 ans) en Belgique à 9.510 GWh. Ce potentiel correspond à la consommation d’électricité d’environ 2,3 millions de ménages. A moyen terme (10 ans), ce sont 14.260 GWh supplémentaires qui pourraient être économisés, soit un total de 23.770 GWh. Ce potentiel à moyen terme est supérieur à l’équivalent de la production totale de l’ensemble de nos sept centrales à charbon et des trois réacteurs dont la fermeture est prévue pour 2015 par la loi de sortie du nucléaire (Doel 1, Doel 2 et Tihange 1 – au total environ 14.000 GWh) ;
- une étude de McKinsey parue en 2009 indique un potentiel d’économie énergétique à hauteur de 28% de la demande énergétique finale dans le scénario de référence. Le potentiel d’amélioration le plus important se trouve dans les bâtiments, l’industrie et le transport routier. La réalisation de ce potentiel d’amélioration permettrait à la Belgique de stabiliser les émissions de gaz à effet de serre au niveau de 2005 et de les réduire de 23 pour cent en 2030 par rapport au scénario de référence. Les améliorations permettraient à la Belgique d’économiser €5,2 milliards sur sa facture énergétique annuelle d’ici 2030 ; de réduire son exposition aux fluctuations des prix des matières premières et aux risques géopolitiques ; et de favoriser la création d’emplois.
- Une étude menée par Climact en 2012 estime qu’il est possible de stabiliser et diminuer la consommation à l’horizon 2015 vers 82 TWh (soit un peu moins de son niveau actuel) et de la diminuer jusqu’à 81 TWh d’ici à 2030 en ce compris des transfert d’utilisation des énergies fossiles vers l’électricité (pompes à chaleur, mobilité électrique).

Enfin, la transition qui pourrait s’opérer au bénéfice de l’emploi. Le tableau suivant – qui compile différentes études – montre que la sortie du nucléaire a un impact plus que positif :

Impacts sur l’emploi
Fermeture (emplois statutaires) - 350 à -600
Fermeture (sous-traitants) -350 à -600
Démantèlement +300 à 600
Capacités de remplacement - construction +300 (min)
Capacités de remplacement – exploitation (emplois directs) +120 à 320
Renouvelable (Wallonie) +15000 à +17 000

Conclusion : les propositions d’Ecolo

Pour ECOLO, le nucléaire est une énergie du passé. L’avenir passe par les renouvelables et l’efficacité énergétique.

Dès lors, un véritable plan de sortie du nucléaire inclut :
1. une gestion de la demande
2. un plan et un engagement ferme pour soutenir les investisseurs dans les renouvelables et les unités flexibles
3. Une vision européenne du problème pour minimiser les dépenses.

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